La chirurgie sacrifiée

1938 – 2008 : 70 ans de souvenirs professionnels et syndicaux - Raymond Gatelmand

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Jean Gabriel BRUN

Chirurgien digestif réputé, "Jean-Gabriel" comme il s'annonce toujours au téléphone, est une force de la nature : il est capable de mener de front une activité professionnelle débordante de chirurgien itinérant à Paris intra-muros, en proche ou grande banlieue, voire même en province, et une activité syndicale remplie d'obligations multiples qu'il assume dans des conditions parfois acrobatiques.

D'un tempérament méditerranéen fortement influencé par ses origines corses dont il ne manque jamais de se prévaloir, il exprime tantôt avec un certain humour corrosif, tantôt dans une bouffée coléreuse frôlant la crise, ses états d'âme sur les sujets les plus divers mais avec une certaine prédilection pour la politique et le milieu professionnel.

Intuitif, il est un observateur avisé même si certains de ses jugements sont parfois outranciers dans leur forme, mais souvent pertinents sur le fond. Impétueux et éruptif, la fin justifie les moyens même s'ils ne sont pas toujours orthodoxes : le but qu'il s'est fixé doit être atteint coûte que coûte. Il se veut efficace et il l'est réellement. Débordant de vitalité, ses propos ou sa plume lui jouent parfois des tours imputables à sa spontanéité.

Il a quelques défauts : il est versatile, impulsif, imprévisible. Il est capable de renier sa parole et de trahir ses meilleurs soutiens, avec une légèreté déconcertante.

Il possède à mon avis trois qualités : il est courageux : dans l'adversité, il ne se laisse pas abattre. Il est travailleur et paie de sa personne si nécessaire. Enfin, il est obstiné et ne se laisse pas détourner de son objectif.

Je ne vois personne d'autre que lui pour relever efficacement un flambeau syndical presque éteint, mais ses incartades et son absence totale de scrupules risquent de l'isoler définitivement. Je lui ai brusquement retiré mon soutien après qu'il eut manqué une fois de trop à sa parole le 11 sept. 2000. Depuis, il essaie vainement de renouer nos relations... sans pour autant réparer sa faute (affaire Manuceau).

Ce faisant, il m'a rendu sans le vouloir le plus grand des services en me décidant à tout quitter.

Ayant finalement réussi à obtenir un pardon informel, il m'a très habilement intéressé à son combat qui prolonge le mien pour que je lui apporte à nouveau mon soutien et mon aide…!

Par son dynamisme, par son intelligence, il a fini par m'associer à ses efforts. Je l'aide de mon mieux et je ne le regrette plus malgré ses exigences et ses sautes d'humeur. Il s'est donc créé une nouvelle amitié « réparée » et je la crois plus durable parce que réciproque.