Au terme de mon long parcours, je m'interroge sur mon double bilan.
 
Sur le plan professionnel
J'ai beaucoup travaillé, tant à l'hôpital public qu'en clinique privée conventionnée. En quittant à 65 ans révolus fin 1985, la clinique Jacques DULUD, j'avais confié gratuitement à Guy DENIER, chirurgien, devenu à la mort d'Arnaud BRUNET en 1977, propriétaire de la clinique, plus de 40.000 dossiers personnels qui ont été jetés à mon insu à la décharge publique lors de la démolition de la clinique qu'il avait revendue en 1987 à un promoteur immobilier.
Perte irréparable pour les malades et leurs familles puisque plus de 25 ans après ce désastre, je reçois encore des demandes de renseignements ou de comptes-rendus opératoires et anatomo-pathologiques que je ne peux satisfaire.
Perte scientifique aussi car cette masse de documents dont certains très rares, aurait pu être utilement exploitée.
Quelle belle clientèle, a-t-on dit avec envie ! En effet, exerçant avec Arnaud BRUNET depuis 1949 selon ses méthodes, c'est-à-dire, volontairement par éthique personnelle, au tarif strict de la Sécurité Sociale, en tiers payant de surcroît, sans aucun dépassement d'honoraires (bien que titulaire du DP depuis 1967 confirmé par la suite), j'ai pu bénéficier d'emblée d'un exercice professionnel véritablement indépendant car détaché de tout lien d'argent, tant vis-à-vis des malades ou de leurs familles qu'avec mes correspondants médicaux. En clair, ce système mettait définitivement fin à certaines pratiques très anciennes mais toujours florissantes telles que la dichotomie...
N'ayant aucun souci de clientèle, je pouvais me montrer exigeant sur les indications opératoires, attitude très appréciée des familles et moralement bien confortable.
Je n'ai jamais dérogé par la suite à cette règle et j'en ai tiré une certaine fierté. Oh ! bien sûr, je ne me suis pas enrichi. Joignable à tout instant, disponible jour et nuit, j'ai beaucoup opéré. J'ai négligé ma famille et pris très peu de vacances. J'ai vécu modestement, sans résidence secondaire, gardant de longues années la même voiture, ce qui faisait sourire parfois...
A proximité immédiate de PARIS, la population de NEUILLY a toutes facilités pour consulter les meilleurs spécialistes. Elle peut ainsi se décider en pleine connaissance de cause, souvent après avoir pris plusieurs avis. J'ai progressivement gagné la confiance de plusieurs confrères ou collègues qui avaient une solide réputation dans différents milieux. Je ne citerai que quelques noms de disparus, Pierre LEGER, Xavier CORRE, Marc Henry BINOCHE, Bernard GENIAUX, ancien médecin de la marine, Michel DEPONDT, Alfred CAYLA, et Raoul PERROT, anciens chefs de service de médecine de l'Hôpital, où, comme le l'ai déjà souligné, nous exercions tous à temps partiel.
J'ai soigné un certain nombre de personnalités illustres domiciliées à NEUILLY ou à proximité, appartenant à différents milieux, politiques, magistrature, haute administration, enseignement, littéraires, artistiques, et approché leur intimité familiale.
Mais, contrairement à une opinion très répandue, il existe aussi à NEUILLY, des familles meurtries ou ruinées par les événements mais qui gardent dans l'adversité, une dignité parfois ombrageuse.
Enfin, grâce à des accords conclus entre les cliniques où j'exerçais et les services sociaux de certaines grandes entreprises comme les usines SIMCA à Nanterre puis FORD à Poissy, ou la Cie Internationale des Wagons-Lits, j'ai opéré - toujours gratuitement et en tiers payant - leur personnel, du modeste ouvrier au cadre dirigeant, voire des PDG illustres, nombreux à NEUILLY, 16ème et 17ème arrondissements.
La diversité de cette clientèle m'a permis d'acquérir une expérience étendue de différentes catégories sociales tout en privilégiant l'abord psychologique de la relation médecin - malade qui est de nos jours si mal enseignée. En effet, cette tâche primordiale incombe désormais à des praticiens plein-temps qui n'ont jamais exercé eux-mêmes en clientèle privée et qui cependant sont censés former de futurs généralistes ou spécialistes libéraux de ville !
Je précise que, appelé par un de mes correspondants, j'avais l'habitude de me rendre au chevet du malade pour décider en accord avec le généraliste ou le spécialiste présent, de la nécessité d'un transfert éventuel qui était presque toujours proposé indifféremment soit à l'hôpital public soit en clinique conventionnée.
La visite, c'est à dire l'examen d'un patient à son domicile, aujourd'hui réduite par économie, était pourtant bien instructive sur son milieu et son entourage et sur la confiance qu'elle leur inspirait.
J'ai reçu de mes opérés, d'innombrables marques de reconnaissance : lettres, invitations, cadeaux, modestes ou de grande valeur et même encore aujourd'hui, rappels de souvenirs et demandes de conseils !
Malgré ce qu'on pourrait considérer comme une belle réussite professionnelle, j'ai connu, comme tout chirurgien, des échecs dont trois d'entre eux me poursuivent encore parce qu'ils me sont directement imputables
  • la mort d'une petite fille de 5 ans qui avait une invagination iléo-iléale haute que je n'ai pas su reconnaître à temps parce que son lavement baryté était normal et par conséquent rassurant.
  • deux décès par embolie pulmonaire massive, l'un chez un opéré de hernie au 8ème jour, et l'autre chez une opérée d'une ostéosynthèse du col du fémur le jour de sa sortie.
A elles seules, ces trois erreurs de diagnostic m'ont rendu définitivement modeste.
Je dois ajouter à cette liste 2 autres cas mortels :
  • une péritonite appendiculaire chez un grand vieillard vu tardivement et dont l'intervention s'était déroulée d'une façon satisfaisante, à l'hôpital.
  • une péritonite par lâchage de suture après une hémi-colectomie droite chez une malade très âgée, en clinique.
Je dois aussi préciser que je n'ai été l'objet d'aucune plainte en justice, ce qui est je crois, assez rare après 37 ans d'une intense activité.
Enfin, j'ai été invité par trois fois à témoigner dans des cas de reprise opératoire en faveur de collègues injustement poursuivis.
 
Sur le plan syndical 
par contre, le bilan est plutôt maigre au regard des efforts déployés. Mais il n'est pas nul.
Comme je l'ai rappelé, j'ai mené de front jusqu'en 1985 et bien au-delà, une double activité syndicale et professionnelle. Depuis lors, j'ai animé jusqu'en 2002 à plein temps - et bénévolement, faut-il le préciser ? plusieurs organismes syndicaux.
J'ai beaucoup travaillé pour un résultat finalement très inégal.
Toute activité syndicale comporte un certain nombre de tâches et de démarches auprès de nombreux "décideurs" qu'il faut successivement convaincre et "relancer" souvent avant d'obtenir satisfaction.
Avec ténacité et persévérance, on peut y parvenir comme dans le cas du C x 2 du chirurgien consulté.
L'art. 18 de la NGAP applicable à tout "consultant "était rédigé de telle façon qu'un chirurgien appelé dans cette circonstance se voyait interdire de continuer à donner ses soins et donc d'opérer lui-même le patient qui lui avait été adressé par son correspondant. Il devait donc dans la stricte application du texte, renvoyer le patient au médecin traitant, à charge pour lui soit d'opérer lui-même ce patient (!), soit de l'adresser à un autre chirurgien qui ne l'avait jamais examiné !
Situation absurde résultant manifestement de l'absence de chirurgien dans la Commission de la NGAP.
Les démarches entreprises pour corriger cette interprétation s'échelonnèrent du 26 décembre 1962 au 24 février 1987, date à laquelle, par lettre N° 912, le Ministre des Affaires Sociales et de l'Emploi (Bureau A.M. 3 ) invitait le Directeur de la CNAMTS d'envisager une dérogation - "sous réserve de l'appréciation souveraine des tribunaux" - assortie de 4 conditions précises.
Il aura donc fallu 25 ans de continuité syndicale pour obtenir satisfaction dans cette démarche il est vrai, assez caricaturale, dont les détails ont été publiés dans les Cahiers de Chirurgie n° 62 – 2 / 1987 p. 62-63.
Je me bornerai à énumérer les principaux dossiers qui ont, depuis 1970 et 1973 jalonné notre orientation principale vers une formule réunissant les trois partenaires indissociables : les utilisateurs des Plateaux techniques, leurs gestionnaires et les financeurs. A près avoir obtenu en 1979 la constitution du Comite de Liaison et d'Action de l'l'Hospitalisation privée (CLAHP), nous avons, après avoir surmonté une opposition farouche de nos adversaires habituels, fait inscrire dans la loi EVIN du 31 juillet 1991, la création de la Conférence Médicale d'Etablissement dont chacun reconnaît aujourd'hui le rôle essentiel dans tout établissement de diagnostic et de soins.
Après avoir longtemps cherché à obtenir une représentativité spécifique pour l'UCCSF elle-même, nous avons négocié et signé la première Convention séparée de spécialistes en mars 1997, malencontreusement annulée le 26 Juin 1998 par le Conseil d'Etat sous la poussée des partisans d'un conservatisme dépassé mais générateur de rivalités syndicales vigoureuses. Poursuivant la même politique, nous avons œuvré pour reintégrer notre représentativité initiale en 2002 au nom de l'ALLIANCE INTERSYNDICALE des Médecins indépendants de France, négocié et signé la Convention de 2005, confirmée par plusieurs avenants.
Utilisant la méthode CORDEBAR, nous avons contribué à faire évoluer la Nomenclature par une jurisprudence abondante poussée parfois jusqu'à la Cour de Cassation, avec un succès constant.
Un accord inutilisé
Après 3 ans d'efforts à la recherche d'une mutuelle favorable au personnel des cliniques, le Collège National des Chirurgiens Français avait fini par trouver aide et compréhension auprès du Groupe Pasteur-Mutualité présidé à l'époque par le Dr. Paul FLEURY, un ami de longue date.
Au terme de cet accord conclu le 10 décembre 1990 [1], le groupe Pasteur MUTUALITE prenait en charge à 100% :
  • le CS sur la base de 3 fois sa valeur conventionnelle soit = 390 frs
  • le KC sur la base de 2 fois sa valeur conventionnelle soit = 27 frs
Tout membre du COLLEGE souhaitant bénéficier de ces tarifs de remboursement pour ses malades affiliés au Groupe PASTEUR, était seulement invité à s'engager à ne pas dépasser les tarifs ci-dessus, applicables au 1er janvier 1991 et révisables chaque année.
Ainsi, cette proposition qui reposait sur une solide étude d'actuaire et, il faut le souligner, sur une confiance réciproque, apportait une réponse précise à ceux qui observaient avec ironie les efforts déployés par le Collège pour parvenir à doubler la valeur de prise en charge du KC qui stagnait à 13,50 fr (et tripler celle du CS bloqué à 130 frs).
Non seulement cette revalorisation du KC était amplement justifiée par toutes nos études, mais cet accord prouvait que cet objectif pouvait être atteint.
Nous espérions que cet accord serait salué par les chirurgiens avec intérêt et aussi avec gratitude pour toutes les démarches et études entreprises. Nous fûmes extrêmement déçus par l'absence totale d'intérêt avec lequel il fut accueilli et, à part quelques engagements de chirurgiens, cet accord n'entra jamais en application et sombra dans l'oubli, malgré plusieurs relances.
Nous nous étions donné beaucoup de mal pour rien...
Les causes de l'échec
Elles sont, malgré le recul, bien difficile à établir.
Toutes les conditions de la réussite étaient pourtant réunies : une information largement diffusée tant auprès des adhérents du Groupe Pasteur que des membres du Collège et une coopération exemplaire entre la mutuelle et les chirurgiens.
D'abord, on peut isoler une certaine méfiance à l'égard de toute proposition nouvelle. Les chirurgiens ont été dans le passé si souvent déçus, voire trompés par des promesses non tenues, qu'ils ont été bien peu nombreux à souscrire un tel engagement. Ils auraient souhaité bénéficier d'un temps de réflexion plus long pour constater, après un certain recul, le bénéfice apporté par la nouvelle formule.
Mais l'élément déterminant a été semble-t-il l'offre plus généreuse de certaines mutuelles qui s'étaient empressées de s'inspirer de la formule que nous avions élaborée avec le Groupe PASTEUR-Mutualité. La concurrence commerciale entre assurances et mutuelles aidant, un plafond plus alléchant fut proposé aux chirurgiens et étendu à d'autres spécialistes. On est en effet passé de +200 % à +300 % du tarif conventionnel.
Dans cette nouvelle perspective, il aurait fallu revoir notre accord, refaire de nouveaux calculs et simulations comptables. Nous étions par ailleurs sollicités par d'autres tâches plus urgentes. Le temps a passé et finalement ce contrat n'a jamais abouti….
L'idée était féconde. Elle a été reprise et améliorée par d'autres. Elle est devenue le seul moyen de desserrer le carcan des honoraires délibérément tarifés à un niveau insupportable, vu la progression rapide des frais généraux des chirurgiens.
Nous ne gardons aucune amertume de cet échec, mais de simples regrets.
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Dans le secteur hospitalier public, nous avons participé à d'innombrables réunions destinées à améliorer les statuts des personnels et en particulier, améliorer la permanence des soins en codifiant les rémunérations des gardes et des astreintes (qui étaient de mon temps entièrement gratuites !), en allégeant les procédures de recrutement, et en introduisant l'exercice « multisite ». Cette formule était devenue nécessaire devant la démotivation de certaines équipes en raison de la pénurie de chirurgiens, d'anesthésistes et d'accoucheurs menaçant la permanence des soins et exposant l'établissement à des restructurations douloureuses.
Fondateur de l'Intersyndicat National des Praticiens à temps partiel des Ets publics de Santé en 1959, je me suis acharné à le maintenir opérationnel, persuadé qu'il deviendrait un jour d'une grande utilité pour plusieurs raisons :
  • Le Plan JUPPE tant décrié par nos adversaires avait prévu, entre autres, le rapprochement des trois types d'hospitalisation. Ce plan a été appliqué depuis 1996 par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis.
  • L'exercice multisite que nous avons introduit facilite la mobilité des praticiens quel que soit leur statut
  • La disparition progressive de certaines spécialités que nous avions annoncée depuis 1970 se confirmait, en particulier chez les chirurgiens, les anesthésistes et les accoucheurs.
  • Les critères de représentativité syndicale étaient appelés à évoluer. Il n'était plus acceptable que les dernières élections des administrateurs de l'Assurance-maladie représentants des grandes Centrales de salariés, datent de 1983 (soit plus de 20 ans !) et que ceux qui négocient les conventions tarifaires des médecins libéraux notamment n'ont plus aucune légitimité électorale (les élections prud'hommales n'ont pas le même objet et ne sont donc pas concernées par les conflits du travail dans le secteur salarié).
C'est pourquoi je me suis beaucoup investi dans toutes les procédures électorales tant publiques que privées et que je compte beaucoup sur nos résultats électoraux pour rester représentatifs et poursuivre ainsi la réalisation de nos objectifs.
 
Quelques succès ponctuels
Dans des domaines très différents, nous avons pu, seuls ou collectivement, contribuer à intervenir dans certaines circonstances inattendues comme la récupération du service de chirurgie de l'Hôpital de NEUILLY, le changement de statut de l'Hôpital de Nanterre ou la création d'une Société consacrée à la cancérologie. 
Le service BRAINE (déjà évoqué au début de l'ouvrage)
Pour effectuer ma quatrième année d'internat, je convoitais le service de chirurgie de Neuilly, devenu l'un des plus attractifs de PARIS par la très forte personnalité du Dr Jean BRAINE, chirurgien des hôpitaux. Il n'était pas professeur de la Faculté de Médecine de Paris, mais il avait la fonction hospitalière la plus éminente de Directeur de l'Amphithéâtre d'anatomie des Hôpitaux de Paris et, à ce titre, pouvait se targuer "d'avoir nommé, après l'adjuvat puis le prosectorat, près de la moitié du corps des chirurgiens des hôpitaux de Paris !". A cette époque, l'anatomie était la discipline, "reine des concours, celle qui nomme!" et le passage par la rue du Fer à Moulin (ou par "CLAMART" comme on disait alors, parce que ce bâtiment, haut lieu de la chirurgie, avait été édifié sur l'ancien cimetière de Clamat) était incontournable.
Malheureusement pour moi, l'Hôpital communal de Neuilly était, depuis sa construction en 1935, lié par une convention avec l'Assistance publique de Paris selon laquelle tous les chefs de service devaient être issus de son propre Corps Médical .
Or, Monsieur BRAINE qui ne disposait, pour 85 lits actifs de chirurgie répartis sur deux étages, que de deux places d'internes, s'était engagé longtemps à l'avance, selon l'usage, vis-à-vis de deux candidats, Michel LE BOUTEILLER et Jean BEDOUELLE qui avaient retenu ces places. Il n'était donc pas question que le Patron puisse rompre l'engagement moral qu'il avait pris pour trois raisons : Jamais, il ne manquerait à sa parole. De plus, les plans de carrière des futurs chirurgiens qui "concouraient" risquaient d'être profondément perturbés. Enfin, furieux de ma démarche qu'il considérait comme un affront personnel, le patron refusa catégoriquement de me recevoir malgré l'intervention pressante de son meilleur ami, Gaston METIVET, chez qui j'achevais justement ma 3ème année d'internat.
L'affaire fit grand bruit et remonta toute la filière administrative, juridique et même politique. Elle fut finalement tranchée en ma faveur par Achille PERETTI, le Député - Maire de NEUILLY qui obtint la création d'un troisième poste dont je fus le premier bénéficiaire, ouvrant ainsi la voie à tous mes successeurs !
Je présume que l'affrontement entre Marcel LEGRAIN, Président parisien du Comité de l'Internat et Yvon ANDREANI, Président de l'Internat de la Région de PARIS fut un des éléments qui a facilité la récupération pour la chirurgie de l'Hôpital de NEUILLY…
Au bout de plusieurs mois, la colère de mon Maître Jean BRAINE s'est progressivement transformée en une sincère sollicitude à mon égard puisqu'il avait cherché à m'offrir un poste auprès d'un de ses anciens élèves, le Dr Henri LODEON, à… Fort de France.
C'est finalement à partir de ce 3ème poste d'interne en chirurgie de Neuilly obtenu de haute lutte en 1949 que se sont déroulées toute mes activités professionnelles et syndicales ultérieures !
L'Hôpital de NANTERRE
Historiquement, le Ministère de l'Intérieur gérait par la Préfecture de Police depuis 1873 un vaste établissement situé dans le département de la Seine, sorte d'asile-prison implanté sur le territoire de la Commune de NANTERRE, appelé "Dépôt de mendicité".
Indépendamment de la fonction carcérale de cet établissement, étaient hébergés pour un ou plusieurs jours selon la place disponible dans ses nombreux bâtiments surtout pendant l'hiver, les vagabonds ramassés au cours des rondes de nuit de la police. Ces "SDF" modernes étaient réconfortés, nourris et soignés selon les cas. Ils repartaient avec quelques vêtements et protégés contre le froid avec la fameuse capote gris-bleue bien connnue des vieux parisiens.
Les pathologies traitées relevaient de la malnutrition, du manque total d'hygiène, des parasitoses, des plaies, ulcères, escarres, etc.
Peu à peu, les soins se sont diversifiés et cet établissement est passé progressivement de l'hébergement au stade d'Hôpital - Maison de Retraite puis à celui d'un véritable établissement hospitalier mais ne relevant administrativement que du Préfet de Police de PARIS..
Sur le plan chirurgical, sous l'impulsion de Marc ISELIN, un des pionniers de la chirurgie de la main, une véritable Ecole de chirurgie qui compta de nombreux élèves dont mon ami Pierre RECHT et jusqu'à l'illustre Ivo PITANGUY.
Toutes les tentatives pour modifier en conséquence le statut de la Maison départementale de NANTERRE furent sans effet jusqu'au moment où j'invitais les internes, toujours recrutés par la police (!), à se constituer en syndicat affilié à la C.G.C. et à entreprendre les démarches appropriées auprès de tous les échelons administratifs et politiques compétents.
Au bout de plusieurs années d'efforts et une pression inter-syndicale constante, l'Hôpital de NANTERRE devint un établissement public de Santé normal et je fus même invité aux cérémonies marquant l'inauguration de son nouveau statut et des nouveaux agrandissements qui eurent lieu le 5 mars 1992 en leur donnant le nom d'Hôpital Max FOURESTIER.
On peut considérer cette action comme une participation à une réussite collective acquise par une persévérance et une obstination exemplaires.
Après la "récupération" mouvementée en 1950 du service de chirurgie de l'Hôpital de NEUILLY dirigé par le Dr Jean BRAINE, directeur de l'Amphithéatre d'Anatomie de l'A.P. de Paris (voir plus haut au chapitre " hospitalisation publique" ), on peut mettre à l'actif de notre activité syndicale, ces deux modestes succès.
 
La Société Française de Cancérologie Privée (S.F.C.P.) a déjà 25 ans !
La création de la SFCP résulte indirectement d'une vigoureuse réaction syndicale de mon ami Henri VIGNER à un décret de novembre 1973 abaissant arbitrairement de 17% les actes de radiothérapie effectués au cobalt 60 et de 33 % pour les accélérateurs de particules, tandis qu'une tentative de classement des centres de radiothérapie était envisagée.
Henri VIGNER rappelle dans l'éditorial du numéro de Juin 2006 du Bulletin de la SFCP toutes les étapes qui ont conduit le 29 juin 1981 à la création d'une nouvelle Société Savante consacrée aux travaux effectués dans l'important secteur libéral (60% du total des équipements lourds) spécialisé dans le traitement de la maladie cancéreuse.
Au reproche habituel exprimé par les tutelles selon lequel le secteur libéral n'était mû que par la recherche du profit, alors que le secteur public, désintéressé par définition, se consacrait aux tâches nobles de la recherche scientifique et de l'enseignement, Henri VIGNER a estimé qu'il était devenu nécessaire de créer « notre propre société sans être invité à écouter sagement des exposés et en faire la claque …! »
Ayant une pratique professionnelle simultanément libérale et hospitalière à temps partiel en partie orientée vers la chirurgie cancérologique et par ailleurs responsable du Collège National des Chirurgiens Français, je fus pressenti par François BACHELOT, François Guy HOURTOULLE, André ROBERTI, et Henri VIGNER à participer à la création de la nouvelle Société.
Sous les présidences successives de F.G. HOURTOULLE, de Daniel SERIN, de Yves KESSLER et actuellement de Gérard AUCLAIR, la qualité des travaux régulièrement publiés par les membres de la SFCP dans sa propre Revue, les Congrès organisés par ses équipes successives en France et à l'étranger (Egypte, Italie, Sénégal, Belgique, Brésil, antenne marocaine) ont jalonné l'activité de la Société, établi son audience et confirmé sa réputation.
Son expérience [2]tirée d'une longue pratique professionnelle à la fois syndicale et scientifique doit contribuer utilement à rechercher et à adapter les solutions envisagées ou retenues par les pouvoirs publics aux nombreuses réformes médico-sociales en cours depuis ces dernières années.
Je suis fier d'avoir participé bien modestement aux débuts de cette organisation et d'avoir tout au long de ces années côtoyé un milieu professionnel particulièrement attachant et méritant.
 
Comment conclure ?
J'ai rassemblé dans ces pages une foule de souvenirs professionnels et syndicaux échelonnés sur les 60 dernières années du XXème siècle qui se sont montrées particulièrement fécondes dans le domaine médico-social. Les événements sont rapportés avec toute l'exactitude requise mais une ou même plusieurs erreurs matérielles sont toujours possibles. Leurs interprétations et les opinions induites peuvent naturellement donner lieu à des commentaires ou des critiques différentes. Les résultats des réformes ne peuvent s'apprécier qu'avec un recul suffisant. Ils ne correspondent pas toujours aux espoirs de leurs concepteurs dont la sincérité et les bonnes intentions ne sont pas discutables. Certaines se sont révélées bénéfiques, d'autres inopportunes mais perfectibles, d'autres enfin, néfastes. Seul, l'avenir le dira. Il faudra simplement attendre l'avis des générations suivantes… et le jugement de l'Histoire.
Je me suis beaucoup intéressé aux mécanismes complexes régissant une société multi-ethnique en pleine évolution technique, économique, et politico-religieuse qui subit désormais la loi planétaire dite de la "mondialisation".
Comme tous ceux qui m'avaient précédé, j'avais eu la naïveté de croire qu'il serait possible d'améliorer les conditions matérielles et morales d'exercice d'une catégorie professionnelle toujours considérée par l'opinion publique comme privilégiée. Pour atteindre cet objectif, il fallut forger de toutes pièces une organisation à la fois crédible et respectée. Présidé tour à tour pendant 24 ans par deux éminentes personnalités, les Professeurs Georges GUILLEMIN et Louis F. HOLLENDER, le Collège National des Chirurgiens Français avait réussi à s'imposer dans un milieu professionnel circonspect. Par la continuité de son action régulièrement publiée par les Cahiers de Chirurgie, le COLLEGE comme on disait alors, commençait à retenir l'attention des Pouvoirs publics, tandis que sa trésorerie prospère suscitait quelques convoitises...
Malheureusement, trois crises internes ruinèrent irrémédiablement des années d'efforts. Chacun épiloguera à sa façon sur les causes de ce désastre.
Il n'est toutefois pas totalement irréparable, à la condition d'y consacrer beaucoup de temps, de persévérance et d'opiniâtreté, de suivre une ligne de conduite arrêtée en commun, de s'y tenir fermement, et surtout de s'informer en permanence.
Les rapports socio-professionnels ont beaucoup évolué au cours du demi-siècle écoulé, et plus rapidement encore depuis les 25 dernières années du fait de l'électronique. La médecine est devenue un bien de consommation comme un autre. Le chirurgien n'est plus seul maître à bord : il travaille en équipe selon des procédures toujours innovantes au service d'une collectivité d'usagers de plus en plus exigeante sur la rapidité, la qualité, le confort et la gratuité des soins.
Le système de protection sociale créé en 1945 n'est plus adapté à l'évolution de la Société, aux ressources de son Economie, ni aux progrès techniques survenus depuis cette date.
C'est pourquoi, avant de clore ce chapitre, il est utile de rappeler les progrès fulgurants réalisés par la chirurgie pendant le siècle écoulé. Le lecteur est invité à prendre connaissance de l'article récapitulatif du Professeur André SICARD (in Quotidien du Médecin n° 6596 du jeudi 25 Novembre 1999) et reproduit in extenso avec son aimable autorisation à l'ANNEXE 14 du présent ouvrage.
Pendant toute cette période hautement féconde, alors que les progrès de la chirurgie étaient universellement salués, reconnus et même récompensés, notre pays (pouvoirs publics et organisations médico-sociales en particulier) se sont comportés avec une profonde ingratitude à l'égard de ceux qui avaient, généreusement et courageusement, tant payé de leur personne au point de tarir le recrutement de cette spécialité, victime de son ancienne réputation d'opulence.
On peut espérer qu'avec le nouveau siècle, ceux qui se sont acharnés sur le sort des chirurgiens constateront les effets à long terme de leurs décisions et sauront rendre attractive cette discipline qui exigeait tant d'efforts et qui a été si maltraitée.
Certains responsables reconnaissent déjà – en privé, à cause du fameux devoir de réserve ! – le bien fondé de ce qui précède.
 
1.
Voir détails dans les Cahiers de Chirurgie n° 76-4/1990, p. 5, 54/56 et Circulaire n° 90-6 
2.
La SFCP présidée par le Docteur Gérard AUCLERC (Paris) a contribué aux succès remportés par les Rencontres organisées par l' Union Nationale Hospitalière Privée de Cancérologie (UNHPC) présidée successivement par Philippe BERGEROT puis par Bernard COUDERC et par la Fédération de la Cancérologique Libérale et Hospitalière (FCLH) présidée par le Dr. Daniel LAMBERT et de la Coordination efficace assurée par Gérard PARMENTIER, leur Secrétaire Général pour toutes les actions conduites en commun.