UCCSF et UCF, que signifiaient exactement ces sigles ?
Cette question se pose encore aujourd'hui.
Une majorité de chirurgiens, isolés dans leurs blocs opératoires et accablés de soucis professionnels n'accordent qu'une attention superficielle aux appels de cotisation qu'ils reçoivent sous ces deux sigles qu'ils continuent à confondre.
Beaucoup pensent de bonne foi que la réunification syndicale des chirurgiens est réalisée, effaçant les querelles internes de 1994 qui ont terni l'image du Collège National des Chirurgiens Français fondé en 1970.
Il existe encore en Septembre 2001 des similitudes et des différences qui créent un certaine confusion subtilement entretenue.
D'abord les sigles très proches : l'UCF (Union des Chirurgiens Français) résulte de la transformation du SUCF (Syndicat Unifié des Chirurgiens Français), dissident en 1995 du COLLEGE à l'initiative de Gérard MAUDRUX, puis dirigé par Didier LAMBERT lorsque J.P. DEMANT eut apporté à cette nouvelle structure en 1996, l'ancien COLLEGE qu'il présida brièvement tout en modifiant ses anciens statuts, en changeant le titre mais en gardant le même n° d'enregistrement.
En second lieu, dès 1992, le COLLEGE et la FNEP (Fédération Nationale des Praticiens des Ets privés) avaient constitué en vue des élections aux Unions Régionales et dans l'espoir d'obtenir une représentativité spécifique directe, une structure fédérale nouvelle, l'UCCSF (Union Collégiale des Chirurgiens et Spécialistes Français) comprenant non seulement des chirurgiens mais aussi un certain nombre de spécialistes exerçant comme eux principalement sous contrainte d'un plateau technique lourd (P.T.L.) et notamment des anesthésistes, des radiologues et des stomatologistes - chirurgiens cervico et maxillo-faciaux.
Le succès de l'UCCSF remporté en 1994 aux élections aux Unions Régionales contribua à la reconnaissance le 5 février 1997 de sa représentativité.
Or, l'UCF, renonçant à toute représentativité directe, s'était placée entre temps sous l'égide de la CSMF, de la FMF, et du SML qui ont, en échange, consenti à déléguer aux chirurgiens de l'UCF le soin de défendre leurs intérêts à travers leur triple représentativité !
Les convergences et les divergences
Sur le plan de la défense professionnelle des chirurgiens, il n'existe pratiquement aucune différence importante entre les objectifs des deux formations : efforts de revalorisation du KC devenu KCC, réactualisation de la Nomenclature par la CCAM, jurisprudence, formation, indépendance, retraites, bordereau 615, transversalités, contrats, statuts pour les hospitaliers, RCP, défense du temps partiel, relations avec les gestionnaires d'établissements, tarification par pathologie, etc…
Cette similitude d'objectifs n'a rien de surprenant puisque l'UCF n'était qu'une branche dissidente de l'UCCSF.
Par contre, les objectifs et les stratégies respectives sont parfois différentes, voire même opposées :
  • L'U.C.F. qui n'est toujours pas représentative par elle-même puisque monocatégorielle, était dirigée par Jacques MEURETTE, Vice-Président du SML. Elle vient de se rapprocher de l'UCCSF pour une défense conjointe du secteur 2. Sauf erreur, elle ne fait partie ni du G 12, ni du G 7, mais on peut se demander si sa "majorité plurielle CSMF, SML et FMF" ne lui imposera pas la discipline du G 7 avec ses incantations pour le retour à la Convention Unique, pourtant défunte depuis l'annulation par le Conseil d'Etat de la Convention de 1997.
  • L'UCCSF qui est restée représentative par elle-même, est dès lors dirigée par Jean Gabriel BRUN. Elle fait partie du G 14 et milite avec ses partenaires pour des Conventions catégorielles et/ou des accords de branche. Elle s'efforce ainsi de préserver les intérêts fondamentaux de ses mandants selon leur type d'exercice. Elle participe, entre autres, activement à l'élaboration de la tarification par pathologie [1]réforme ambitieuse, vitale pour la survie des cliniques, mais à haut risque pour les spécialistes utilisateurs de PTL si elle devait s'imposer en leur absence.
Telle est objectivement la situation sur l'échiquier syndical dominé actuellement par la rivalité entre F.O. et la CFDT au moment où les professions de santé en général et les spécialistes en particulier vont aborder la prochaine phase des réformes en gestation dans le cadre de la loi dite de modernisation de la santé.
Les utilisateurs de plateaux techniques lourds savent bien que ce mode d'exercice comporte obligatoirement des spécificités qui ne peuvent être préservées que dans un partenariat étroit entre les trois acteurs indissociables, les organismes payeurs, les gestionnaires des établissements et l'ensemble des praticiens, anesthésistes, spécialistes chirurgicaux et... chirurgiens, tous enfin réunis sous la même bannière et parlant d'une seule voix au service d'une seule stratégie.
Une première OPA inamicale
Estimant que le Collège National des Chirurgiens Français dont il était membre n'avait pas obtenu les résultats escomptés, le Dr. Gérard MAUDRUX avait créé à l'intérieur du COLLEGE un syndicat dissident appelé Syndicat Unifié des Chirurgiens Français (SUCF) destiné à investir le COLLEGE lui-même.
En supprimant toute référence au Collège, condition formellement exigée par le SUCF, dans l'intitulé d'un nouveau syndicat présenté comme une réunification de tous les chirurgiens, l'Assemblée Générale du 28 janvier 1996 risquait d'aboutir, avec les pouvoirs que certains avaient donnés sans être réellement informés, à la disparition pure et simple du Collège absorbé par le SUCF qui allait pouvoir, à la faveur d'une "fusion"
  • bénéficier d'un siège parisien qu'il ne possédait pas
  • hériter d'une implantation ancienne et d'une Revue appréciée
  • surtout, pouvoir disposer d'une trésorerie encore substantielle, comparée à la sienne …
Contrairement à ce que les nouveaux responsables du Collège essayaient de faire croire, persuadés eux-mêmes qu'ils avaient saisi l'opportunité de ce rapprochement, sans avoir mesuré les conséquences des exigences qu'ils ont acceptées, nous avons affirmé qu'il s'agissait bien d'une absorption camouflée et programmée du Collège par le SCUF
"en 1995, le Collège sera une coquille vide et il n'est pas sûr qu'il existera encore juridiquement"
(déclaration de Gérard MAUDRUX au Quotidien du Médecin n°5486 – 4 octobre 1994)
Une solution de transition : l'association
En annonçant par le fax du 18 janvier 1996 que l'Union projetée était prévue "pour une année transitoire avec maintien en poste de deux bureaux de façon paritaire", les nouveaux responsables du Collège semblaient s'orienter vers l'association des deux syndicats, formule rassurante conservant en principe les personnalités juridiques du Collège et du SUCF en vue du rassemblement souhaité par tous pour mener des actions communes sans hypothéquer l'avenir.
Mais, les pouvoirs en faveur d'une "fusion en un syndicat unique" déjà adressés avec la convocation du 19 décembre 1995 devaient aboutir inévitablement à la perte définitive de l'identité du Collège et par suite à son existence même.
Cette suite navrante ouverte dès que nous avons transmis nos responsabilités à nos successeurs en 1994 a longtemps déçu l'ensemble des chirurgiens qui avaient fait confiance au Collège et participé à ses premiers succès, notamment électoraux.
Il s'agissait en réalité d'une O.P.A. non seulement inamicale mais résolument hostile, parfaitement conduite par un très petit groupe ambitieux et jaloux de la réussite d'une organisation en plein essor et déjà hautement représentative d'une spécialité regroupée en un seul organisme. Elle a été grandement facilitée par l'inexpérience et la naïveté déconcertante de quelques autres.
Aujourd'hui, on peut mesurer l'étendue du désastre …
8 ans plus tard : une 2 ème O.P.A. encore plus inamicale !
Estimant que l'Union des Chirurgiens Français (UCF) qu'il avait contribué à lancer lors d'une première OPA lancée contre le COLLEGE en 1996 (voir ci-dessus) n'avait pas obtenu de meilleurs résultats, le Dr. Gérard MAUDRUX conseille "Chirurgiens de France", coordination nouvelle ayant rassemblé en 2003 divers syndicats "verticaux" animée par le Dr. Philippe CUQ dans le but de s'emparer de l'UCF, victime à son tour d'une 2ème OPA ouvertement hostile.
Premier résultat, le Dr. Jacques MEURETTE a perdu la Présidence de l"UCF en attendant la suite…
2 juin 1999 : amorce d'un rapprochement ?
Depuis plusieurs mois, Claude REGENSBERG, Secrétaire Gal de l'U.C.F. lançait périodiquement des messages en vue d'une rencontre avec l'UCCSF. Le motif invoqué était l'approche des élections aux Unions Régionales prévues pour avril 2.000, dont le résultat sera le véritable test de représentativité des syndicats médicaux. En fait, l'UCF se sentait toujours isolée et cherchait le moyen de reprendre le contact avec une organisation représentative de chirurgiens. Il était même question d'une entrée de l'UCF dans le bureau de l'UCCSF, au besoin après une modification de ses statuts... dérivés du Collège National des Chirurgiens Français.
C'était oublier un peu vite le coup de poignard de la lettre de LAMBERT en sa qualité de président de l'UCF à l'inspecteur de la DRASS, en pleine enquête en représentativité de l'UCCSF, lettre ouvertement destinée à empêcher l'UCCSF d'atteindre les chiffres de cotisants nécessaires et qui a contribué à la décision du Conseil d'Etat annulant la Convention de spécialistes au motif que la signature de WINISDOERFFER était sans valeur puisque l'UCCSF, depuis la dissidence des chirurgiens de l'UCF, n'était plus considérée comme représentative. On peut même dire que cette fameuse lettre de LAMBERT a eu des conséquences en cascade puisqu'elle est indirectement, en l'absence de convention de spécialistes, à l'origine du règlement conventionnel minimal, des tergiversations du gouvernement à l'égard des reversements aboutissant au dispositif de sauvegarde annulé par le Conseil constitutionnel, puis du blocage des négociations pendant 18 mois et depuis le 30 mars 1999, du plan stratégique de la CNAMTS qui était susceptible de changer profondément le paysage conventionnel.
Sans la lettre de LAMBERT, je suis persuadé que la Convention de spécialistes signée le 12 mars 1997 par la seule UCCSF serait restée en vigueur, sans anicroche jusqu'en mars 2001 [2]. Petite cause, grands effets !
Quoi qu'il en soit, après quelques hésitations, nous avions fini par accepter le principe d'une rencontre que l'UCF avait fixée dans ses locaux de la rue Cresson. Sans réfléchir et sans méfiance, WINISDOERFFER avait acquiescé. Je lui ai fait comprendre son imprudence et l'exploitation que l'UCF pouvait tirer du fait qu'elle aurait attiré sur son terrain, le président d'une Organisation représentative. Je lui ai suggéré de proposer aux demandeurs, nos nouveaux locaux de l'avenue de Versailles... que l'UCF a refusé, ce qui démontre au passage le calcul que je leur prêtais.
Finalement, un endroit neutre, le restaurant du 1er étage de la Tour EIFFEL fut choisi par SERPEAU et la rencontre eut lieu le samedi 12 Juin à 12 h. 30. à l'ALTITUDE 95 où il avait indirectement quelque intérêt....
J'avais souhaité que notre délégation soit étoffée. Hélas, comme d'habitude, il y eut plusieurs défections dans nos rangs : MALHERBE indisponible ce jour-là, EUVRARD absent, et surtout PELOUZE une fois de plus faisait défaut (soi disant « en liste d'attente » à PAU).
Nous n'étions que 4 : WINISDOERFFER, BRUN qui avait fait un effort considérable, ayant opéré le matin en Seine et Marne, JUDET et moi., face aux 6 représentants de l'UCF, MEURETTE, LAMBERT (venu de PAU sans difficulté !), SERPEAU, REGENSBERG fatigué et son épouse, très en beauté.
Commencé en retard et dans une ambiance à peine tiède, le repas s'est déroulé progressivement avec entrain au fur et à mesure que les apéritifs et les vins réchauffèrent les esprits et délièrent les langues. LAMBERT nous fit même des confidences venant d'une source qu'il tenait pour hautement fiable sur Martine AUBRY. MEURETTE à la fois détendu et agité, nous a expliqué "qu'il était parfois obligé, du fait de son appartenance au SML, de faire le grand écart", situation que nous avons toujours jugée inévitable avec n'importe quelle instance poly-catégorielle, et incompatible avec notre indépendance jalousement préservée.
Nous avons convenu de conclure nos échanges sur un communiqué commun relatif à un rapprochement en vue des élections aux Unions régionales que nous aborderions, pour la constitution des listes, selon le principe de la parité, et en plaçant des chirurgiens en tête des listes régionales.
SERPEAU, en politicien rompu à toutes ces subtilités, s'était efforcé pendant la rédaction du communiqué, d'établir une sorte d'égalité entre l'UCF et l'UCCSF. Ses suggestions n'ont heureusement pas toutes été retenues.
On s'est quitté assez contents les uns des autres et cette rencontre pouvait en effet bien augurer de l'avenir. Pour ma part je ne retiendrai que la reconnaissance, tant par MEURETTE que par LAMBERT, de la justesse de notre stratégie : ils ont expliqué qu'ils avaient renoncé à toute représentativité, préférant l'obtenir pour les chirurgiens par délégation de la FMF et du SML, ce qui leur avait permis au moins de siéger à la Commission de la Nomenclature, mais qu'ils n'obtiendraient probablement rien de plus.
Ils ont répété l'un et l'autre, au moins à quatre reprises, que notre choix avait été le bon, puisque nous avions réussi à être représentatifs par nous mêmes. Et qu'ils tenaient à nous en féliciter... alors qu'ils avaient tout fait pour nous empêcher de l'être !
Ce déjeuner qui devait amorcer une véritable réconciliation, est resté sans effet.
Le sort du communiqué
Ce fameux communiqué que l'UCCSF et l'UCF s'étaient engagés chacun de son côté à faire paraître aussi largement que possible pour annoncer la bonne nouvelle du rapprochement au microcosme des chirurgiens n'est jamais paru...
Explication : le Dr. Dinorino CABRERA, président du SML auquel MEURETTE, Président de l'UCF mais aussi V. Président du SML, avait soumis le communiqué, aurait piqué une grosse colère et interdit la publication de ce communiqué sous peine de lui retirer son siège (SML) dans la Commission de la Nomenclature dont il était par ailleurs le Vice-Président...!
Ainsi, sans le vouloir et à son détriment, MEURETTE a fourni la preuve que les organisations polycatégorielles ne se préoccupaient que de leurs propres intérêts et non de ceux des chirurgiens et qu'en renonçant à toute représentativité directe pour se contenter d'une représentativité déléguée, ceux-ci se plaçaient directement sous la dépendance de l'Organisation à laquelle ils servaient uniquement "de faire valoir"… La FMF qui n'avait probablement pas été tenue au courant du communiqué ne s'est pas manifestée. Mais il convient de rappeler que celle-ci avait déjà utilisé le même procédé pour sanctionner le départ du Collège National des Chirurgiens Français en lui retirant en 1987 son mandat pour la représenter au sein du CLAHP, alors que c'était précisément le COLLEGE et la FNEP qui avaient contribué à créer le CLAHP et à y faire admettre la FMF elle-même !
Ainsi donc, c'est l'UCCSF qui se trouve amenée, par un curieux renversement de situation, à apporter son soutien à MEURETTE en lui montrant jusqu'où peut conduire une stratégie inspirée par les réflexes et la facilité et non par la réflexion.
Il en sera ainsi pendant toutes les années suivantes jusqu'à ce qu'une OPA inamicale provoquée par une Coordination récente prive Jacques MEURETTE de sa présidence de l'UCF au profit du Dr Philippe CUQ, animateur de "Chirurgiens de France" toujours sous l'impulsion du Dr. Gérard MAUDRUX.
 
1.
La tarification par pathologie (TAP) est devenue la tarification à l'activité (T2A) à la faveur d'un changement de ministre. 
2.
L'UCCSF sera effectivement reconnue à nouveau représentative le 11 septembre 1998 après un complément d'enquête