Devenu indépendant après avoir quitté la FMF, le Collège National des Chirurgiens Français grossi de nombreuses adhésions, comme on l'a vu, entreprit une interminable série de démarches dans plusieurs directions précises : tous les échelons administratifs, universitaires, ordinaux, sociaux et politiques qui ont eu ou qui auront à connaître les multiples aspects de ce dossier avec un double objectif :

 

- en premier lieu, la défense de la chirurgie française menacée à terme de disparition

 

- en second lieu, et en parallèle avec le point précédent, après avoir constitué avec la FNEP l'UCCSF en vue de la reconnaissance de sa représentativité dans le but bien précis

  • de briser le moule conventionnel unique et inextensible, but partiellement et temporairement atteint avec la 7ème Convention unique ou première Convention de spécialistes

  • de créer transitoirement un "accord de branches" réunissant dans une même structure les 3 partenaires indissociables : Assurance-maladie, gestionnaires des plateaux techniques lourds (publics ou privés) et spécialistes exerçant nécessairement à l'aide d'installations de haute technicité. Un 4ème partenaires, l'Etat, qui tend à contrôler l'ensemble de ce secteur, pourrait même participer à cette nouvelle formule.

  • de s'insérer ultérieurement dans un dispositif européen d'harmonisation des différents systèmes de protection sociale dont la perspective semble s'ouvrir depuis le traité de Maastricht.

Nous savions dès le départ que cette orientation serait longue, sinueuse, semée d'embûches. Cet itinéraire devait nous conduire à rencontrer les interlocuteurs les plus divers, mais pas nécessairement les mieux disposés.

 

Nous nous attendions à subir plus de rebuffades que d'acquiescements et surtout à revenir avec obstination, sans cesse à la charge.

 

Peu importait. puisque comme nous l'avons maintes fois répété : "nous n'avions plus rien à perdre". Nous étions donc résolus à nous battre de toutes les façons, sachant que nous représentions le dernier espoir de ceux qui nous ont décidés à adopter cette nouvelle stratégie d'indépendance en nous rejoignant en grand nombre.

 

Toutefois, ce plan à long terme, ne faisait pas toujours l'unanimité au sein du Bureau : certains auraient souhaité des résultats immédiats. D'autres, jaloux du prestige et de la relative prospérité du Collège, s'employèrent à le déstabiliser pour en prendre la direction... Cet aspect de la lutte syndicale interne qu'il fallut conduire sera évoqué plus loin. Disons tout de suite que s'il n'avait pas amassé une certaine cagnotte par une gestion rigoureuse, le Collège n'aurait intéressé personne...

 

Seuls et résolus

 

En adoptant et en poursuivant leur nouvelle stratégie syndicale, les chirurgiens ont pris, seuls, leur destin en mains, plaidant librement leur dossier, après s'être vite aperçus que les agences de communication qui nous proposèrent leurs services directement ou par l'intermédiaire d'adhérents zélés ou intéressés mais parfois naïfs étaient au mieux inutiles et au pire néfastes, voire contre-productifs comme on dit aujourd'hui.

 

Concrètement, les audiences obtenues sans difficulté car le Collège fut vite considéré comme représentatif de facto, se déroulèrent toujours à peu près de la même façon :

 

D'abord l'incrédulité

 

Avec un sourire narquois, l'interlocuteur se demande ce que viennent faire les chirurgiens qui théoriquement ont tout ce qu'ils peuvent souhaiter, tant est tenace leur réputation de prospérité.

 

Au début de l'entretien, l'interlocuteur est visiblement incrédule. Des phrases comme "allons, vous n'allez tout de même pas me faire pleurer sur le sort des chirurgiens" sont habituelles.

 

Bientôt la surprise

 

Au fur et à mesure que les chirurgiens déploient leurs arguments, appuyés sur des statistiques (toujours officielles mais toujours en retard d'un an ou deux dans le meilleur des cas), l'interlocuteur change de ton. D'ironique, voire goguenard, il parait surpris puis attentif. C'est la première fois qu'on lui montre les mêmes chiffres sous cet éclairage.

 

Puis la gravité

 

Au terme de deux ou trois heures d'entretien - il ne faut surtout pas brusquer l'interlocuteur qui était au début persifleur -, il devient sérieux et grave devant l'ampleur du problème qui lui est posé visiblement pour la première fois. Jamais il n'aurait imaginé que derrière une façade en apparence brillante - en l'occurrence des chiffres de recettes brutes qui peuvent en effet faire illusion - la situation était en réalité bien différente.

 

Et, chaque fois, on avait l'impression que notre interlocuteur venait soudain de découvrir avec inquiétude pour lui-même, sa famille, ses proches, les conséquences directes de la dégradation prolongée et inexorable de la situation morale et matérielle de la chirurgie conventionnée.

 

Enfin, l'interrogation

 

Que demandez-vous ? que proposez-vous ? sont habituellement les deux questions qui clôturent l'entretien. La situation est tellement inattendue qu'elle provoque inévitablement une demande de dossier pour amorcer les démarches appropriées. Alors, les représentants du Collège sortent une des études sur le KC qu'ils déposent sur le bureau de l'interlocuteur.

 

Lorsque nous le quittons, nous avons très souvent l'impression de l'avoir plongé dans une certaine perplexité, tant le dossier lui semble à la fois insolite et inattendu.

 

Après chaque changement de gouvernement, nous savons qu'il faut bien 6 mois pour que le cabinet du nouveau ministre ait assimilé tous les dossiers techniques. Comme d'autre part les centrales dites représentatives n'ont guère eu l'occasion - ni peut-être le désir véritable - de faire progresser le dossier du KC, il ne faut pas s'étonner de la réaction de surprise de nos interlocuteurs.

 

Pour illustrer ce chapitre, voici le calendrier des audiences obtenues par le Collège juste après son départ de la FMF de février à mai 1987 :

 

 

11 février 1987    Ordre National des Médecins : Président Pr. Raymond VILLEY
17 février 1987
    CNAMTS service des statistiques, M. DEVEVEY direction de la gestion du risque, Melle MEQUIGNON
25 février 1987
    Ministère du BUDGET. M. Patrick SUET, conseiller technique de M. Alain JUPPE
10 mars 1987
    Ministère du Travail : M. LHUGUENOT, conseiller technique de M. Paul DURAFFOUR
13 mars 1987
    Ministère des Affaires Sociales: Mr. Patrick HERMANGE, conseiller technique de M. Ph. SEGUIN
13 mars 1987
    CNAMTS : service juridique Mme THIRET
19 mars 1987
    Assistance Publique de Paris M. Patrice CORBIN, Secrétaire Général
20 mars 1987
    Ministère des Aff. Sociales : M. Patrick HERMANGE, Conseiller de M. Philippe SEGUIN
25 mars 1987
    CNAMTS ENSM : Dr Alain ROUSSEAU, Médecin-conseil National adjoint service des statistiques Mme THIRET- M. MORET
6 avril 1987
    Centre National des Indépendants et Paysans. Dr. RONDELET et BRYANT
8 avril 1987
    C.G.C. Président Paul MARCHELLI
14 avril 1987
    Assemblée Nationale : M. Jacques BARROT, Commission des Aff. Sociales
15 avril 1987
    Assemblée Nationale : groupe socialiste
17 avril 1987
    CNAMTS, M. Dominique COUDREAU Directeur
22 avril 1987
    Ministère des Affaires Sociales : M. Michel LAGRAVE directeur de la Sécurité Sociale
23 avril 1987
    Premier Ministre : Mme Marie Hélène BERARD, conseillère sociale de M. Jacques CHIRAC M. DURRLEMAN, adjoint de Mme BERARD
6 Mai 1987
    SENAT, M. J.P. FOURCADE, Président de la Commission des Affaires Sociales
11 mai 1987
    BUDGET, M. BURGUET, conseiller technique de M. Alain JUPPE
20 Mai 1987
    BUDGET, M. BURGUET et M. BRUCHOUT – id-
16 mai 1987
    Ordre des Médecins. Professeur Bernard GLORION, Président
27 Mai 1987
    CNAMTS ENSM. Dr. P.J. COUSTEIX, médecin-conseil national adjoint

Audiences attendues : Mme Michèle BARZACH, ministre de la Santé, Cinq parlementaires, M. le Président Maurice DERLIN (qui nous a reçus quelques instants
, debout, dans un fond de couloir, à l'entrée de son bureau, sans même nous proposer d'y entrer...!), M. Jean MATTEOLI, Président du Conseil Economique Social