Historique
Jusqu'en 1969, il n'existait qu'une seule formation syndicale de chirurgiens : le Syndicat National des Chirurgiens Français affilié à la CSMF, successivement présidé par mon Maître MAURER (Paris), puis par BERGOUIGNAN (Evreux), Jean BOUTRON (Nogent le Rotrou) et enfin André SOULIER (Wasquehal).
Sur l'invitation et avec le parrainage de Maurice GAHINET, j'ai adhéré à ce syndicat en 1957. Je fus élu au Conseil d'Administration en 1962. Assidu aux réunions qui se tenaient périodiquement à la salle PASTEUR de la Domus Médica, je découvris l'état d'esprit des chirurgiens, essentiellement provinciaux, venus traditionnellement à Paris à l'occasion du Congrès annuel de Chirurgie.
J'ai beaucoup appris là encore du fonctionnement interne d'un syndicat catégoriel, des rivalités entre chirurgiens et autres spécialistes, et surtout entre spécialistes et généralistes.
La politique du syndicat national
La ligne suivie par le Syndicat CSMF avait l'aval de tous les chirurgiens libéraux : une revalorisation substantielle de la lettre clé K déjà malmenée parce que noyée avec les autres spécialités. C'est au Pr MAURER que revient le mérite d'avoir réussi à obtenir indirectement une majoration des recettes des chirurgiens par le biais d'une majoration spécifique des indices affectés à certains actes chirurgicaux de la Nomenclature. A l'époque, l'administration centrale peu familiarisée avec la nature des actes chirurgicaux accepta les principales propositions MAURER jusqu'au jour où elle s'aperçut des effets de la manoeuvre...
Déjà aussi, les chirurgiens du syndicat CSMF se plaignaient de l'amalgame trop souvent égalitaire entre des actes indiscutablement chirurgicaux avec certains actes relevant des anciennes techniques médicales telles que de simples dilatations uréthrales pratiquées par des urologues représentés par le Dr. POUYAUD dans toutes les instances confédérales et même européennes.
Pourquoi donc et comment, dans ce climat d'unanimité entre tous les chirurgiens, une rupture s'est-t-elle produite au sein de cette spécialité ?
Pour expliquer ce phénomène en apparence incompréhensible, il faut revenir à la situation conventionnelle résultant de la reconnaissance en 1967 par la puissance publique de la représentativité de la FMF devenue la rivale de la CSMF qui jusqu'alors régnait sans partage sur tout le système médico-social.
Certains départements jusque là affiliés à la CSMF passèrent à la FMF jugée plus libérale et par conséquent espérée plus pugnace. De nombreuses spécialités voulant éviter toute scission interne, demandèrent et obtinrent assez facilement le principe de la double appartenance : dans les départements, les spécialistes pouvaient, selon leur choix majoritaire ou leur option individuelle, rester affiliés à la CSMF ou demander d'être considérés comme relevant de la FMF, les cotisations à la Centrale de rattachement étant ventilées en conséquence.
Le divorce entre le Syndicat et le Collège
Tous les syndicats de spécialistes comme par exemple, les ORL ou les Gastro-entérologues bénéficièrent de cette tolérance. Tous sauf deux, les chirurgiens et les stomatologistes qui adoptèrent, devant l'attitude intransigeante de leurs syndicats respectifs et contre leur gré, la replique suivante : création entre 1969 et 1970 d'un syndicat concurrent affilié directement à la FMF, désigné l'un et l'autre sous le vocable de "COLLEGE" :
  • COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS FRANCAIS (Président Pr Georges GUILLEMIN)
  • COLLEGE NATIONAL des MEDECINS STOMATOLOGISTES et CHIRURGIENS MAXILLO-FACIAUX (Président Roger KUFFER – Sec. Gal. Dr Roger CORMARIE.
Ainsi, ces deux formations adoptèrent des voies syndicales rigoureusement parallèles se traduisant, le moment venu par la création de la FEDERATION NATIONALE DES PRATICIENS des ETABLISSEMENTS PRIVES (FNEP) en 1973, résultant de la réunion des Chirurgiens libéraux et des Stomatologistes et chirurgiens maxilo-faciaux.
En 1992, la FNEP et le COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS se réunirent pour constituer l'UCCSF, nouvelle centrale qui ne sera reconnue représentative que 5 ans plus tard, le 5 février 1997.
Ainsi, d'une simple opposition de principe menaçant le monopole détenu par la CSMF, on est arrivé à un conflit doctrinal sur deux conceptions :
  • celle de la CSMF, suivie par le SML et la FMF, favorables à la Convention unique
  • celle de l'UCCSF, approuvée par MG France, militant en faveur des Conventions séparées.

C'est la véritable raison du blocage actuel du système chez les spécialistes (les généralistes ayant négocié et obtenu, seuls jusqu'à présent, une convention spécifique grâce à la signature par l'UCCSF de la première Convention des Spécialistes le 12 mars 1997).

Le Prix annuel du Collège

Pour stimuler la recherche clinique, chaque année, le Collège National des Chirurgiens Français décernait un prix de Frs 20.000 pour récompenser le meilleur travail original et inédit (distinct de la Thèse) d'un chef de clinique chirurgicale en exercice portant sur un sujet de pratique courante, spécialisée ou sur des travaux de recherche appliquée.

Les manuscrits ne devaient pas dépasser 20 pages dactylographiées, iconographie non comprise. Ils devaient parvenir au Secrétariat du Collège sous pli recommandé avant le 15 Juin de chaque année.

Le Jury du Prix était composé du Président en exercice de l'Académie de Chirurgie, du Président de l'Association Française de Chirurgie et du Président du Collège National des Chirurgiens Français.

Le Lauréat était proclamé lors de l'Assemblée Générale du COLLEGE qui se tenait régulièrement pendant le Congrès annuel de Chirurgie organisé par l'A.F.C.

Hormis celle d'un lauréat, les candidatures pouvaient être renouvelées chaque année pendant toute la durée du clinicat (à l'époque, il pouvait être prolongé jusqu'à la 7ème année !).

En cas d'ex-aequo, le montant du prix devait être partagé entre les deux premiers. Les Cahiers se réservaient le droit exclusif de publier certains manuscrits, primés ou non.

Ce prix fut décerné 3 années consécutives.(en 1985, 1986 et 1987) Les manuscrits étaient presque tous de grande qualité, et une fois, le jury fut très embarrassé pour choisir le lauréat. Le prix 1985 n'ayant pas été décerné, le prix 1986 fut doublé et porté à 40.000 frs. [1]

Cette initiative originale très appréciée des candidats, prouvait l'intérêt que portait le COLLEGE à de jeunes chirurgiens particulièrement méritants. Elle montrait au passage la prospérité financière du COLLEGE au moment où il avait atteint une notoriété syndicale et professionnelle l'autorisant à briguer une représentativité que les pouvoirs publics tardaient à lui accorder, parce que sa composition était exclusivement mono-catégorielle. C'est alors qu'il résolut d'étendre son assise à toutes les spécialités gravitant autour du plateau technique lourd.

On remarquera que cette initiative ne fut pas reconduite par ceux qui s'étaient ultérieurement emparés du COLLEGE pour des motifs personnels beaucoup moins altruistes…

 

1.
Voir Cahiers de Chirurgie n° 56, 4/1985, p. 21