Les hôpitaux de la Région de PARIS.
Entraînés par l'irrésistible expansion démographique et économique de la périphérie parisienne des années 50, les hôpitaux communaux et intercommunaux des départements de la Seine et de la Seine et Oise ont pris une place décisive dans l'organisation de la santé, dans l'enseignement ,et même la recherche médicale. Une Association des Hôpitaux de la Région de Paris s'est créée, successivement présidée par les Drs. Pierre DELAFONTAINE (St-Denis), Henri DIRIART (Argenteuil), Mario LEBEL (Mantes), Henri GOUDAL (Aulnay sous Bois), Claude Henri DURAND (Pontoise).
En contact étroit avec tous les échelons administratifs et en particulier avec les chefs d'établissements, les chefs de service ont structuré progressivement leur instrument de travail, et développé leur activité au point d'attirer des internes ou des assistants parisiens et de valoriser le niveau du Concours de l'Internat des Hôpitaux de la Région, par une sélectivité comparable et parfois supérieure à celui de l'Assistance Publique.
Plusieurs chefs de service étant déjà affiliés au syndicat national des Médecins, Chirurgiens, Spécialistes des Hôpitaux publics dirigé par les Professeurs CREYSSEL (Lyon), MOLLARET (Paris), MIRALLIE (Nantes), l'idée de la création d'un syndicat de non-chefs de service commença à germer entre 1956-1957 pour donner à ce personnel médical un moyen d'expression propre. A la suite de nombreuses réunions et de discussions animées, je fus chargé d'élaborer les statuts de l’Intersyndicat des Médecins Adjoints, Assistants et Attachés des Hôpitaux de la Région de Paris, qui furent finalement déposés à la Préfecture de Seine et Oise (Versailles) le 25 février 1960 sous le n° 224.
La création d'un nouveau Syndicat formé de membres d'un personnel médical subalterne fut accueillie avec une certaine méfiance par les chefs de service. En comblant ce vide syndical sans pour autant porter atteinte aux prérogatives hiérarchiques qui étaient à l'époque jalousement préservées, nous avons pu avancer la notion d'un exercice professionnel en équipe imposé par l'évolution des techniques et par une efficacité accrue par le nombre face aux Pouvoirs publics.
Encore fallait-il le prouver par un résultat profitable simultanément à toutes les catégories de l'équipe médicale hospitalière.
L'occasion allait bientôt nous en être fournie sur le plan de la protection sociale.
Mes premiers contacts
Comme très souvent, le hasard détermine des orientations dans d'innombrables circonstances.
Un de mes beaux-frères, André CHAPGIER, ingénieur dans l'industrie pétrolière, m'expliqua la structure d'une Centrale syndicale, son rôle comme militant de la C.G.C. et l'enrichissement intellectuel qu'il en retirait.
Un de mes cousins par alliance, Marc ROBERT, magistrat de formation, occupant un important poste au Ministère des Armées, me fait rencontrer lors d'un déjeuner un lointain parent devenu son ami, le Dr. André JOUSSAUME, Directeur d'un établissement d'éducation à BOUFFEMONT, et aussi membre dirigeant de la Fédération Nationale des Médecins Salariés (FNMS) affiliée à la C.G.C.
André JOUSSAUME m'explique l'historique de cette Fédération et la place des médecins dans une grande Centrale syndicale apolitique. Il me montre le rôle que le jeune Intersyndicat de médecins hospitaliers que j'anime pourrait tenir en faveur de mes mandants, par son rattachement à une Centrale représentative de cadres salariés par l'intermédiaire de la FNMS, où se trouvait déjà une organisation de médecins hospitaliers publics dont l'état d'esprit était orienté vers la conquête de nouveaux droits sociaux, et notamment vers l'élaboration d'un véritable régime de retraite avec participation de l'employeur.
Il m'explique l'importance prochaine de la médecine exercée sous forme salariée [1], mode de rémunération qui est pleinement compatible avec l'éthique médicale traditionnelle supportant déjà un cortège d'obligations, mais qui est toujours l'objet d'une certaine réserve, voire même d'une opprobre affichée de la part de médecins d'exercice libéral. André JOUSSAUME souligne l'accroissement du poids des dépenses de santé sur l'économie d'un pays ruiné par la guerre et esquisse les contraintes qui, selon lui, grèveront dans l'avenir toutes les formes d'exercice médical, libéral ou salarié confondus.
Je suis peu à peu convaincu mais je dois obtenir l'aval de mon Assemblée Générale. Or, dans la période tumultueuse des débuts de la IVème République, l'action syndicale est plus ou moins perçue dans le corps médical comme subversive ou révolutionnaire, lui qui confond souvent C.G.C. et C.G.T., elle-même proche de la CGT-FO nouvelle formule ! Il me faut donc rassurer mes adhérents en répondant à leurs nombreuses questions avant d'obtenir une confiance accordée plus par amitié que par conviction. Il en sera longtemps ainsi, tant le corps médical est demeuré réticent devant un engagement quelconque susceptible d'aliéner son indépendance professionnelle et intellectuelle. Par la suite, devant le rôle de plus en plus important des syndicats en général face aux pouvoirs publics, le corps médical s'est habitué à leur présence, sans pour autant s'associer pleinement à leur action sauf lorsqu'elle le concerne directement.
On notera au passage que les choix syndicaux ou politiques sont souvent dus au hasard ou à des relations personnelles incitatives plus qu'à des engagements soigneusement médités.
La Fédération Nationale des Médecins Salariés, Contractuels et Fonctionnaires
Présidée par le Dr. Pierre GIRAULT depuis sa création en 1951 cette Fédération proposa dès cette époque à la CSMF de représenter dans ses rangs la médecine salariée alors en plein essor [2]. Devant le refus de la CSMF exclusivement réservée à la médecine libérale [3], la Fédération se plaça très tôt sous l'égide de la Confédération Générale des Cadres, Centrale syndicale reconnue représentative depuis 1948 regroupant dans tous les secteurs d'activité "des cadres salariés, c'est à dire des personnels qualifiés exerçant une fonction de responsabilité". Cette définition répondant à l'exercice médical salarié qui relève selon les cas, du Code du Travail, du Code de la Fonction publique(ou d'un statut spécifique), du Code de la Sécurité Sociale et du Code de Déontologie, la C.G.C. lui ouvrit largement ses portes.
La place des médecins hospitaliers publics allait bientôt être pourvue à la suite d'une lourde erreur d'appréciation du Syndicat CREYSSEL [4], alors seul syndicat de chefs de service, mais fortement influencé par les Universitaires.
Le Dr. Louis SEGUELA, chef du service de radiologie du Centre Hospitalier de Perpignan osa demander en effet au Congrès de NIORT de 1954 organisé par le Syndicat CREYSSEL, en sa qualité de membre, et au nom d'un certain nombre de chef de service des Hôpitaux dits de 2ème catégorie, "s'il ne serait pas opportun d'entreprendre les démarches nécessaires pour obtenir un début de couverture sociale par une affiliation de cette catégorie à la Sécurité Sociale et ouvrant des droits à une retraite".
Bien qu'elle fut exprimée avec toute la déférence requise d'un radiologue hospitalier s'adressant à un éminent Professeur de Faculté, cette demande fut fort mal accueillie et rejetée avec condescendance et sans appel en rappelant que "lorsqu'ils étaient malades, les médecins hospitaliers étaient soignés confraternellement par un collègue et qu'il suffisait de demander à la pharmacie de l'hôpital les remèdes nécessaires fournis gratuitement !"
L'indigence de cette argumentation et le ton employé poussèrent le Docteur Louis SEGUELA et son Secrétaire Général Jean CORDEBAR à créer une organisation dissidente [5], l'Union Nationale des Syndicats de Médecins des Hôpitaux publics qui, par l'intermédiaire de la Fédération GIRAULT, rejoignit la C.G.C. comme plus tard l'Intersyndicat des adjoints, assistants et attachés de la Région de Paris que j’avais créé.
La bataille de l'immatriculation à la Sécurité Sociale
Jusqu'alors, la fonction médicale hospitalière était toujours considérée par tous les échelons politiques et administratifs comme "le prolongement de l'activité libérale du corps médical". Cette réponse dilatoire dispensait l'administration de toute cotisation patronale...
Il est vrai que la jurisprudence du Conseil d'Etat statuant au Contentieux [6] avait déjà établi que les médecins des hôpitaux publics avaient la qualité de fonctionnaires ou d'agents publics relevant du régime général de la Sécurité Sociale s'ils exerçaient à temps complet tandis qu'un service partiel d'hôpital "pourra être regardé de la part d'un médecin se consacrant par ailleurs à l'exercice libéral de son art comme un prolongement de celui-ci n'entraînant pas son affiliation au régime général de la Sécurité Sociale.[7]
Or, la quasi totalité des médecins hospitaliers exerçaient à temps partiel, la généralisation du plein-temps n'étant intervenue avec la réforme Debré qu'à partir de 1961. D'autre part, leurs émoluments provenaient d'une répartition de la" masse des honoraires" dont ils étaient les propriétaires. Ces deux motifs expliquent le peu d'empressement des administrations hospitalières à donner suite aux demandes de leurs médecins et à payer les parts patronales correspondantes...!
Il faut rappeler que les Universitaires, fonctionnaires de l'Education Nationale, percevaient déjà un salaire et comme tels, étaient déjà assurés sociaux et bénéficiaires d'une retraite calculée sur l'indice de fin de carrière. Cette situation privilégiée par rapport aux hospitaliers non enseignants explique la réponse négative et sans ambages à la demande du Dr. SEGUELA. Elle se comprend encore mieux à la lumière du régime complémentaire du PHENIX, de droit privé, que les universitaires avaient mis en place à leur profit et alimentée par des cotisations prélevées sur la masse des honoraires pour la partie de leur activité hospitalière qui ne pouvait bénéficier d'un régime de retraite avec participation de l'employeur que s'ils étaient immatriculés à la Sécurité Sociale...!
C'est alors que le Dr. Jean CORDEBAR entreprit avec un courage, une pugnacité et une détermination exemplaires, un long combat de près de 5 ans pour faire reconnaître le lien de subordination de l'activité des Hospitaliers non enseignants. Ce combat, soutenu par la C.G.C., se développa sur une grande échelle, devant toutes les juridictions compétentes pour démontrer le lien de subordination constitutif du contrat de louage de services, donc du salariat au sens de l'art. L. 241 du Code de la Sécurité Sociale.
C'est finalement l'arrêt du Conseil d'Etat du 7 janvier 1956, 7ème sous-section du contentieux qui décida que les "émoluments perçus par les hospitaliers avaient le caractère de salaires". supprimant ainsi le dernier obstacle juridique. Mais il fallu encore attendre 4 ans avant d'obtenir la décision ministérielle généralisant l'immatriculation des médecins hospitaliers au 1er janvier 1960 à la faveur d'une circulaire Bernard CHENOT, Ministre de la Santé du premier gouvernement de la Vème République, dirigé par Michel DEBRé.
On surprend toujours les jeunes générations d'hospitaliers lorsqu'on leur révèle tous les obstacles qu'il a fallu surmonter pour arracher le droit à cette fameuse immatriculation à la Sécurité Sociale. Pour eux, ce droit qu'ils jugent aujourd'hui tout naturel, fut salué par la profession avec soulagement. Il fut pourtant bien difficile de mobiliser les intéressés eux-mêmes qui ne croyaient pas au succès de cette tentative, d'autant qu'il fallait les impliquer personnellement et directement au combat et à chacune des démarches individuelles pour se plaindre du préjudice qu'ils avaient personnellement subi.
Il fallut même se battre pendant de nombreuses années encore pour obtenir le droit à la rétroactivité de cette immatriculation à la date d'entrée en fonction, aux reconstitutions de carrières de chaque plaignant, avec les pensions de retraite correspondantes (voir ci-dessous). Il n'empêche que la jurisprudence accumulée par Jean CORDEBAR, complétée lors du rapatriement des hospitaliers qui avaient exercé en Algérie jusqu'aux accords d'EVIAN de 1962, obligea une administration hospitalière toujours réticente à appliquer les décisions de justice. C'est grâce à l'obstination et à la persévérance de Jean CORDEBAR qu'un certain nombre d'hospitaliers ont pu reconstituer leur carrière salariée et bénéficier d'une retraite normale. C'est grâce à lui que toute la population de médecins hospitaliers bénéficie aujourd'hui, de plein droit, d'une couverture sociale conquise de haute lutte.
C'est la "méthode CORDEBAR" que beaucoup plus tard, à partir de 1990, nous avons été contraints d'utiliser - avec un plein succès - dans les conflits entre le contrôle médical des Caisses d'Assurance-maladie et les chirurgiens [8]  à propos de l'interprétation de certains actes figurant dans la NGAP et leurs cotations. Il nous a appris notamment le moyen de faire plier une administration qui refuse d'admettre un principe nouveau qui la dérange. Tel fut le cas lorsque, forts de cet exemple, nous avons décidé avec le COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS FRANCAIS d'en appeler aux Tribunaux compétents pour obtenir la reconnaissance de la coelio-chirurgie que l'assurance-maladie s'acharnait à ignorer...!
Il a fallu passer par la Cour de Cassation pour obtenir gain de cause depuis 1995 et faire modifier la Nomenclature en conséquence.
La bataille des retraites.
Après la généralisation de l'immatriculation à la Sécurité Sociale, l'introduction de l'IRCANTEC fut un des premiers succès de la branche hospitalière de la Fédération CGC des médecins salariés.
Comme on l'a vu dans le chapitre précédent consacré à l'immatriculation à la Sécurité Sociale des Médecins Hospitaliers, la protection sociale du médecin hospitalier comportait inéluctablement, outre l'assurance-maladie laborieusement incluse désormais dans tous les statuts catégoriels correspondants, le droit à une retraite, avec participation de l'employeur hospitalier.
C'est toujours Jean CORDEBAR qui entreprit ce combat dans le prolongement du précédent. Il se heurta à deux obstacles soulevés par une administration en général peu favorable au corps médical :
  • Premier obstacle : prenant toujours argument que le médecin exerce à l'hôpital dans le "prolongement de son activité libérale" et qu'à ce titre il cotise et perçoit déjà une retraite de la CARMF, il ne peut pas cumuler deux retraites (voir plus haut !), il n'y avait pas de solution en dehors d'une loi spécifique...
  • Deuxième obstacle : il existait déjà comme on l'a vu, un fonds privé constitué par les hospitaliers eux-mêmes, du type PHENIX et d'autres semblables, dont les cotisations étaient prélevées sur la masse des honoraires, masse alimentée par l'ensemble des actes effectués par la totalité des membres du corps médical, (y compris les internes !) mais dont les bénéficiaires se limitaient aux chefs de service ou à leurs veuves. Ainsi, cette soi-disant "retraite" n'étaient servie qu'à de rares privilégiés, habituellement personnel enseignant fonctionnaire relevant de l'Education Nationale et à ce titre, bénéficiant déjà d'une couverture sociale complète, donc d'une retraite calculée sur l'indice de fin de carrière. Ainsi, la formule PHENIX, inégalitaire dans son attribution, permettait de contourner l'interdiction légale du cumul des retraites.
Jean CORDEBAR a toujours mis en garde les hospitaliers contre la confusion parfois volontairement entretenue entre une retraite véritable avec participation de l’employeur et certains régimes de prévoyance privée, sans participation de l’employeur, régimes de solidarité dont la fragilité n'est plus à démontrer. [9]
Pour les agents non titulaires (c'est à dire non fonctionnaires) de l'Etat ou des collectivités locales, cas habituel des médecins hospitaliers, il existait l'IPACTE (Institution de Prévoyance des Agents Contractuels et Temporaires de l'Etat) et l'IGRANTE (Institution Générale de Retraite des Agents Non Titulaires de l'Etat) auxquelles Jean CORDEBAR finit par faire inscrire les médecins hospitaliers. Ces deux institutions seront fusionnées en 1970 en IRCANTEC. [10]
Après d’innombrables démarches, la cotisation IRCANTEC, d’abord assise sur la moitié seulement des salaires, sera finalement, sur le demande insistante de l'intersyndicat CGC, portée aux deux tiers par Mme Simone VEIL en 1976, avec la promesse d'étendre ultérieurement l'assiette des cotisations à ce régime complémentaire sur la totalité des salaires.
Comme on le voit, le corps médical hospitalier doit beaucoup à Jean CORDEBAR. Son action persévérante qui ne ménageait pas la haute administration coupable à ses yeux de carences et de mauvaise volonté, lui valut d'être lui-même soumis à de multiples tracasseries pour l'inviter à quitter la carrière hospitalière avant son terme. Il n'empêche que la jurisprudence accumulée par Jean CORDEBAR, complétée avec le rapatriement des hospitaliers qui avaient exercé en Algérie jusqu'aux accords d'EVIAN de 1962 obligea une administration toujours réticente à appliquer les décisions de justice.
Aujourd'hui, 25 janvier 2001, les organisations syndicales représentatives de salariés, y compris la CGC, ont défilé pour le maintien de l'âge de la retraite à 60 ans. Rappelons que dans la fonction publique, la durée de cotisations est de 37 ans et 1/2, tandis que dans le secteur privé, elle a été portée par le gouvernement JUPPE à 40 années de cotisations. S'agissant des médecins hospitaliers des hôpitaux généraux qui ne sont pas des fonctionnaires, ils sont statutairement contraints de prendre leur retraite à 65 ans, même s'ils sont entrés tard dans la carrière, ce qui est le cas le plus fréquent.
Considérant que le déséquilibre démographique acheminait inévitablement notre régime par répartition à sa faillite vers 2020, avec environ 2 actifs pour 1 retraité, il n'était pas raisonnable de maintenir les dispositions actuelles alors que tous les autres pays d'Europe avaient déjà ou s'apprêtaient à allonger la durée des cotisations. C'est pourquoi je ne me suis pas associé comme beaucoup d'autres adhérents, au mot d'ordre de la CGC.
La bataille perdue de la "départementalisation"
Ce sujet est traité dans le chapitre Hospitalisation publique.
La Formation Médicale Continue (FMC)
On sait l'importance que tout gouvernement attache à la FMC du corps médical. Sa mise en place encore balbutiante mais restée longtemps limitée aux seuls médecins libéraux et aux seuls hospitaliers, fut constamment retardée pour diverses raisons principalement économiques. Mais, sans l'action efficace et persévérante du Dr. Pierre GIRAULT, la FMC de la médecine salariée aurait été tout bonnement oubliée...! Elle sera désormais incluse dans le dispositif général lorsqu'il sera finalisé.
La C.G.C.
La Fédération Nationale C.G.C. des Médecins et des membres des professions de santé (Salariés, Contractuels et Fonctionnaires) a regroupé pendant plus de 50 ans jusqu'à une trentaine de Syndicats ou Unions de Syndicats, représentant toutes les formes d'activité médicale, sous subordination administrative, à temps plein ou à temps partiel, dans les secteurs privés, publics ou assimilés.
Elle est devenue l'échelon médical de la Confédération Française de l'Encadrement - C.G.C., grande Centrale rigoureusement apolitique, représentative depuis 1948, ne groupant que du personnel d'encadrement dans plus de 200 Fédérations ou Syndicats Nationaux dans différentes branches d'activité [11]. Le médecin hospitalier, de dispensaire, du travail de nombreuses entreprises (SNCF, EDF, Air France, Sécurité Sociale), d'Administration de la Santé publique, d'Hygiène scolaire, etc possède une qualification professionnelle sanctionnée par de multiples diplômes obtenus à la suite de longues études ou de concours de sélection. Il répond donc à la définition du Cadre Salarié.
Rompant avec son isolement et son caractère étroitement corporatif, une partie du corps médical salarié français, en s'affiliant par l'intermédiaire de sa Fédération médicale à la C.G.C. a bénéficié de sa présence dans tous les organismes économiques, régionaux, nationaux ou internationaux et dans un grand nombre de Commissions ministérielles, d'organismes sociaux, d'institutions de retraite, dans certaines des Commissions du Plan, etc.
En retour les médecins CGC ont apporté aux cadres non-médecins une meilleure information sur les problèmes spécifiques de l'exercice médical (éthique garantie par le Code de Déontologie), avis sur les grandes orientations (Sécurité Sociale, conventions avec les caisses d'assurance-maladie, réformes hospitalières), sur les progrès techniques et leurs conséquences directes ou induites, etc...
Réciproquement, certains cadres non-médecins ont participé comme on vient de le voir à l'action détaillée ci-après du corps médical hospitalier dans sa conquête de droits sociaux qui lui étaient obstinément refusés.
La fréquentation d'une Centrale polycatégorielle apolitique m'a beaucoup appris : en sortant de son cocon professionnel, le médecin peut s'initier au fonctionnement de notre Société, aux relations sociales dans l'entreprise, aux règles élémentaires de l'économie, à l'évolution des idées et des techniques, etc...
J'ai approché d'illustres personnages, à commencer par André MALTERRE qui fut un très grand Président, Roger MILLOT, le champion des classes moyennes, André SIGFRIED, Louis ARMAND, François CEYRAC, Yvon CHOTARD, Corentin CALVEZ, Jean de SANTIS, André MANDINAUD, J.P. MOUZIN, et combien d'autres.
Nous avons pu mesurer la place réservée au corps médical dans la "nouvelle société" sous les Présidences d'Yvon CHARPENTIE, de Jean MENU, de Paul MARCHELLI, de Marc VILBENOIT, de Jean Luc CAZETTE.
Nous avons également observé à travers leurs représentants certains échantillons professionnels composant le monde du travail à différentes périodes: expansion avec le plein-emploi, récession avec le chômage, mondialisation avec l'effet pervers des fusions d'entreprises, et aujourd’hui des "délocalisations".
A travers nos réunions et dans les discussions, nous avons suivi au fil des années l'évolution d'un état d'esprit ouvert au dialogue et à l'échange d'arguments, de plus en plus obéré par la transformation d'une société soumise à des pressions économiques induisant des contraintes de productivité génératrices de tensions sociales. Consciente de ses responsabilités vis à vis de la collectivité, la C.G.C. s'est très rarement résignée à lancer des consignes de grève....
Du 16, rue de Condé dans le 5ème arrondissement, au 23 rue du Louvre, dans le 1er, puis au 59-63 rue du Rocher, dans le 9ème, la Fédération CGC a assumé dans ses 3 sièges successifs, une tâche considérable dans tous les domaines de la médecine salariée, y compris dans le secteur libéral puisque beaucoup de médecine salariés ont simultanément un exercice libéral.
En 50 ans, la FNMS n'a eu que 3 présidents : Pierre GIRAULT, Nicolas CHARLES et J.F. GILLETTE. Exceptionnel exemple de longévité syndicale !
Les autres Centrales
On remarquera que, à l'exception de quelques rares médecins salariés isolés, ni la CFDT, ni la CFTC, ni la CGT ne comptent dans leurs rangs une fédération complète de médecins [12]. Seule la CGT-FO, avait constitué dans les années 1960 un petit syndicat d'anesthésistes, appelé le syndicat CARRE (du nom de son fondateur anesthésiste). Implanté dans le Nord, il a compté une vingtaine d'adhérents et n'a eu qu'une activité éphémère. Bien plus tard, la CGT- F.O. qui avait toujours gardé l'idée de s'adjoindre une branche médicale, a réussi à former en 1986 un modeste syndicat de médecins proches du RPR qui a eu lui aussi une existence brève. Il a disparu après avoir contribué en 1987 à rétablir le secteur privé des hospitaliers et hospitalo-universitaires plein temps, son seul objectif.
Il est assez significatif que seule, la Fédération des Médecins salariés C.G.C. se maintient depuis 55 ans, avec sa revue Médecine et Collectivité, en dépit des innombrables vicissitudes ou tensions internes qui semblent une des caractéristiques propres au corps médical...
Associés aux grandes options prises par la CGC (défense de la hiérarchie, notion de reponsabilité, amélioration constante des régimes de prévoyance, réformes économiques et sociales, et réforme de la fiscalité), les médecins C.G.C. ont souvent trouvé auprès des Cadres non-médecins, outre un climat intellectuel enrichissant, une documentation, une jurisprudence et une expérience appréciées.
Au moment où en pleine crise politique, la Nouvelle Société redécouvre les vertus de la "concertation" (terme lancé en 1958 par André MALTERRE), les Grandes Centrales, malgré leur déclin lent mais progressif, sont soit en période d'expansion de prospérité, soit au contraire en période de tension ou de crise, des interlocuteurs recherchés dans un monde économique et social en pleine évolution.
Le syndicalisme et la politique
La C.G.C. qui s'est ouverte aux agents de maîtrise en s'appelant depuis 1975 "La Confédération Française de l'Encadrement CFE–CGC" a toujours évité l'amalgame entre l'action syndicale et le combat politique, même s'ils ont parfois le même objet et des méthodes comparables.
Notre Fédération CGC des médecins a connu une brillante exception avec le Pr. Jacques SOURDILLE, ophtalmologiste hospitalier à temps-partiel qui fut un des responsables de l'Union Syndicale C.G.C. des Médecins Hospitaliers et Hospitalo-Universitaires qu'il représentait au Conseil supérieur des Hôpitaux. Elu député des Ardennes à la suite des événements de Mai 1968, il devint Secrétaire d'Etat à la Recherche dans le 2ème gouvernement BARRE, puis Sénateur des Ardennes. Il cessa bien entendu définitivement toute activité syndicale pendant ses mandats politiques.
La CGC et l'EUROPE
Autour des années 1965, la CGC créa une Confédération Internationale des Cadres, projet sans doute ambitieux mais prématuré. Il semble à nouveau pouvoir être repris pour faciliter sur un mode technique et sans préjugés, l'indispensable harmonisation européenne de la protection sociale, de la fiscalité, de l'hygiène alimentaire et de la prévention par exemple.
Dès 1963 cependant, la Fédération Française des Médecins Salariés entreprit la création d'une Fédération européenne conçue sur le modèle français. Ce projet rencontra l'appui immédiat du MARBURGER BUND, importante organisation de médecins hospitaliers d'Allemagne de l'Ouest siégeant à Cologne et présidée par le dynamique Dr. Wolfgang BECHTOLD, chirurgien orthopédiste de Francfort.
BechtoldCette Fédération présidée successivement par Pierre GIRAULT, par Wolfgang BECHTOLD et par Marzio RESTI (Brescia) apporta au Comité Permanent des Médecins de la CEE un certain nombre de travaux qui furent officialisés par la suite (statut du médecin salarié européen, harmonisation de la formation du spécialiste, harmonisation des statuts des médecins hospitalier pour ne citer que les plus importants.
La création à BAD NAUHEIM (Hesse) les 22/23 janvier 1977 d'une Académie de Formation Continue sous l'impulsion du Dr Wolfgang BECHTOLD fut une des réalisations de cette période particulièrement féconde.
Dans ces rencontres périodiques, j'ai eu l'avantage de rencontrer les Belges André WYNEN, DEMULDER et Anthony BERTRAND, les Italiens Marzio RESTI, Constantino IANDOLO, ABBOLITO, MONTALBETTI, PACI, les Portugais Antonio BENTO, Antonio GENTIL MARTINS et Pedro NUNES, les Anglais MULROONEY et Georges JANTET [13], les Allemands BECHTOLD, Erwin ODENBACH, MONTGOMERY [14], Karsten VILMAR, Klaus WURCHE, Jörg HOPPE et KERGER, les Autrichiens KAISER et Reinhard WANECK, la Grecque PAPAIOANNOU, les Français GUENIOT, GALLOIS, SCHARF, et tant d'autres personnalités avec lesquelles, chacun à sa manière, à notre niveau et avec nos petits moyens, mais avec tout notre coeur, nous avons contribué bien modestement à l'édification d'une Europe professionnelle.
La FEMS s'est étendue à l'Espagne et à un certain nombre de pays ex-communistes depuis la chute du Mur de Berlin : Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie. La demande d'entrée très forte de ces Organisations médicales dans l'Europe professionnelle révèle l'écart technique et économique qui les sépare encore mais que de solides et anciens liens culturels avec l'Europe occidentale contribueront à réduire. La FEMS vient de fêter les 8 et 9 octobre 2004 à Strasbourg le 40ème anniversaire de sa fondation.
 
1.
Fin 2000, sur 196.000 médecins en activité, on comptait 66.000 médecins salariés à plein temps et 20.000 à temps partiel. 
2.
Plusieurs années plus tard, la CSMF consciente de son erreur, créa une section de médecins salariés dont l'engagement politique influença les options syndicales de la CSMF elle-même. 
3.
La CSMF nourrissait même à cette époque une certaine prévention à l'égard de la médecine salariée supposée antagoniste de la médecine libérale 
4.
Il est d'usage de désigner un Syndicat médical par le nom de son responsable du moment. 
5.
Cette dissidence, la première du genre, sera suivie d'une autre en Décembre 1969 (?) fomentée par Jean CORDEBAR lui-même et dirigée contre la Fédération CGC des Médecins de Pierre GIRAULT. Cette affaire navrante sera évoquée au chapitre des "Portraits". 
6.
Décisions des 15 juin 1941 (GERBIER) et 24 déc.1943 (RATTIE et autres) 
7.
Délibération du Conseil d'Etat du 22 mai 1951 (section sociale n° 254.462). Cette position démontre la présence simultanée de ces 2 modes d'exercice mais éloigne d'autant la reconnaissance d'un lien unique de subordination, seul constitutif d'un louage de service, donc du salariat au sens le l'article L.241 du Code de la Sécurité Sociale. 
8.
L'exemple des chirurgiens représentés par le Collège National des Chirurgiens Français (CNCF fondé en 1970) puis par l'Union Collégiale des Chirurgiens et Spécialistes Français (UCCSF fondée en 1992) fut suivi avec le même succès par le Syndicat National des Médecins anesthésistes réanimateurs (SNARF) puis par plusieurs syndicats nationaux catégoriels de spécialistes. 
9.
A l'Assistance Publique de Paris qui ne s'appelait pas encore l'A.P.- H.P., les Universitaires qui disposaient déjà d'une retraite en qualité de fonctionnaires de l'Education Nationale, avaient mis au point un système d'assurances privées complémentaires appelé "retraite PHENIX" dont les cotisations étaient prélevées sur la masse des honoraires mais dont les universitaires, les chefs de service et leurs veuves étaient seuls bénéficiaires, alors que la masse des honoraires médicaux était le fruit du travail des membres de toutes les équipes, internes compris...! 
10.
Institution de Retraite des Agents non titulaires de l'Etat et des Collectivités locales. 
11.
La FEMS siège désormais au siège de la CGC au 59 rue du Rocher 75009 PARIS 
12.
La CFDT n'était pas encore détachée de la CFTC. 
13.
Le Dr Georges JANTET est un chirurgien vasculaire français qui a exercé pendant toute sa carrière à Londres et représenté les britanniques dans de nombreuses instances européennes. 
14.
Le fils du Maréchal MONTGOMERY succèdera au Dr BECHTOLD à la tête du Marburger Bund.