Les syndicats sont des structures bien connues et codifiées de longue date. Depuis la CSMF créée en 1928 et qui est restée longtemps le syndicat unique du corps médical, on a assisté depuis 1950 à la constitution de nombreux syndicats d'abord dans le secteur salarié, puis à partir de 1960, dans le secteur libéral de la médecine.
Les coordinations sont au contraire des rassemblements non structurés apparus spontanément à la faveur d'un événement ayant soulevé brusquement un mouvement d'opinion plus ou moins localisé au départ et pouvant s'étendre inopinément sans but ni directives précises. Ces coordinations protéiformes se constituent à la fois contre les pouvoirs publics qui ont pris une décision contestée par un petit groupe, mais aussi contre le ou les syndicats officiels qui sont accusés de n'avoir pas su ou pas pu s'opposer à la mesure critiquée.
Très vite, ces coordinations se dotent d'un leader auto-proclamé qui est rapidement soutenu par les médias toujours friands de tout événement inhabituel, surtout lorsqu'il bouscule les structures reconnues ou simplement existantes.
Les syndicats sont naturellement mécontents de voir leur légitimité et leur autorité contestées par des non-adhérents ou même des dissidents. Il s'établit alors un rapport de force entre le syndicat et la coordination qui peut paradoxalement, renforcer l'action de la structure officielle en fournissant la preuve qu'après s'être montrée modérée ou ayant renoncé à poursuivre une négociation avec la tutelle, elle s'est trouvée "débordée par sa base". Mais cette expression ne correspond pas toujours à la réalité, parce que les membres des coordinations ne sont habituellement pas des adhérents réguliers.
Tout dépend alors de la crédibilité de la coordination, de son ou de ses animateurs du moment, de son audience réelle, de son degré de nuisance. Souvent ces coordinations n'ont qu'une existence éphémère. Tout rentre alors rapidement dans l'ordre dès leur disparition. A l'inverse, elles se montrent parfois très pugnaces, se donnant les moyens de poursuivre le plus longtemps possible, une action de moins en moins contrôlable. Dans ce cas, c'est habituellement la coordination qui obtient satisfaction au détriment du syndicat correspondant qui doit alors hausser le ton et s'aligner sur les réclamations des plus bruyants. Le succès politique ainsi remporté par la coordination l'incite parfois à se perpétuer en se transformant en syndicat et à affaiblir puis prendre la place du syndicat qui n'a pas su ou pu s'imposer à temps.
Le plus souvent, le ou les syndicats officiels et la ou les coordinations conjuguent leurs actions avec leurs méthodes propres. Cette synergie apporte un renfort appréciable au syndicat officiel qui peut ainsi réussir à son seul profit, une action menée avec le soutien décisif d'une coordination, efficace mais vite dépassée par son manque de "professionnalisme".
C'est ce qui s'est passé lors de la fameuse grève des cliniques de novembre 2001, grève qui n'a duré réellement que 48 heures mais dont le retentissement a été considérable parce qu'elle était soutenue et amplifiée par la coordination des praticiens exerçant dans ces établissements. Les cliniques ont su tirer profit d'un mouvement lancé avec spontanéité et obtenu globalement 1 milliard 700.000 frs des tutelles tandis que les praticiens qui furent à l'origine du succès de cette grève et qui ont toujours été tenus à l'écart des négociations conduites par les cliniques, en ont été pour leurs frais...!
Dans la période de transition que traverse la Société, la question des modalités du dialogue social se pose de plus en plus souvent. En premier lieu, il faudra bien aborder la question toujours controversée de la représentativité syndicale qui se heurte à une certaine rigidité dogmatique des pouvoirs publics.

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