Tout a été dit, écrit et commenté sur le drame du SIDA, depuis son apparition en FRANCE vers 1982, la découverte de l'agent pathogène par Mme BARRE-SINOUSSI du laboratoire du Pr MONTAGNé, à la politique officielle de précaution qui s'applique, parfois avec excès, à tous les niveaux décisionnels de l'Etat avant tout soucieux de se mettre en toutes circonstances à l'abri de toute responsabilité, judiciaire, administrative ou pénale notamment.
On a peu parlé de l'influence des Témoins de JEHOVAH interdisant à ses adeptes toute hétéro-transfusion. Le problème à la fois moral, juridique et technique posé aux chirurgiens du monde entier [1] a pu être résolu par DENTON COOLEY, célèbre chirurgien cardiaque pour pouvoir continuer à poursuivre ses interventions à coeur ouvert, nécessitant une grande quantité de sang conservé.
Devant l'hostilité militante de cette organisation considérée souvent comme une « secte » au principe même de toute transfusion sanguine, ce chirurgien américain eut l'idée de prélever en plusieurs fois, par petites quantités chez ses futurs opérés un volume de sang suffisant pour réaliser ce type d'intervention sans recourir au sang exogène de multiples donneurs.
C'est cette méthode qui a été à l'origine des auto transfusions avec le rapport CABROL.
Il existe d'autres techniques comme le "CELL-SAVER" qui consiste, dans les interventions très hémorragiques (chirurgie osseuse par exemple) à récupérer le propre sang de l'opéré pour éviter de compenser les pertes sanguines par une transfusion classique.
Ainsi, on peut dire que l'apparition du Sida post-transfusionnel a modifié les procédures opératoires et incité à une vigilance accrue.
C'est pourquoi, en dépit de controverse parfois passionnées, le COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS FRANCAIS a pris dès 1986 une position très téméraire pour l'époque en souhaitant dans un but prophylactique que chaque futur opéré dûment prévenu, soit soumis à un test de dépistage au même titre que les autres examens pré-opératoires.
Il n'est pas rare en effet que le chirurgien ou ses aides, et à plus forte raison le personnel de bloc opératoire, se blessent au cours d'une intervention ou d'une perfusion. Une trentaine de cas de contamination par le VIH de malades séropositifs au personnel soignant ont été dénombrés et reconnus. Un chirurgien osseux hospitalier public, blessé au cours d'une intervention sur une malade HIV positive, a eu beaucoup de difficulté à faire reconnaître sa contamination comme un accident du travail.
En résumé, les tragiques événements consécutifs à la contamination post-transfusionnelle ou accidentelle par le SIDA ont conduit tous les acteurs de la chaîne du sang à éliminer ce risque dans toute la mesure du possible, en appliquant avec vigueur à chaque stade toutes les règles d' hémo-vigilance promulguées par la suite par les autorités compétentes.
Toutes les professions de santé sont aujourd'hui non seulement bien informées, mais pleinement conscientes de ses responsabilités. Le parlement européen lui-même a fait appel à d'éminentes personnalités pour éclairer ses travaux dans l'intérêt des populations de tous les pays représentés.
Sauf erreur, il n'a pas été signalé de cas d'adepte des Témoins de Jehovah contaminé à la suite d'une transfusion exogène, ce qui a pu renforcer leur foi dans le respect rigoureux des règles qui les ont protégés et qui ont contribué à améliorer indirectement les techniques transfusionnelles...
 
1.
Sous la double influence de l'extension de la secte des Témoins de Jehovah et des progrès des thérapeutiques facilités par les transfusions de sang, des spécialistes chirurgicaux, des hématologues, des juristes se sont heurtés entre 1960 et 1970 au refus de certaines familles adeptes de la secte, hostiles pour des motifs religieux à toute transfusion, même en cas d'urgence.

Plusieurs analyses ont été publiées et les solutions utilisées ont toujours permis de surmonter toutes les difficultés à la satisfaction générale grâce à une collaboration fructueuse entre le corps médical et les magistrats concernés.

Un cas délicat de déontologie : la chirurgie chez les Témoins de Jehovah – R. Gatelmand – Médecine et Collectivité, nouvelle série 3ème année N°4 avril 1967 p. 199-200.

Aspects déontologiques du refus de consentement à des perfusions sanguines – La Chirurgie chez les Témoins de Jehovah – R. Gatelmand, P. Bertrand et M. Remi Lucas Bulletin du Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins avril mai 1970 p.26-29

La chirurgie chez les Témoins de Jehovah (suite) – R. Gatelmand - Médecine et Collectivité n°7-8 juillet août 1970 p.23

La chirurgie chez les Témoins de Jehovah (suite) – R. Gatelmand - Médecine et Collectivité n°5-6 mai juin 1971 p.143-144

Le refus de consentement à un traitement par les parents à un enfant mineur en danger de mort. Hubert de Touzelin 48ème année – 18 dec 1974 n°51 p.2672.

A propos du refus de transfusions sanguines pour conviction religieuse - Pr G. Arnulf - Médecine et Collectivité, num 1-2 janvier février 1975 p. 7-9.