Mes liens avec Francis PEIGNE sont à la fois familiaux (famille ROBERT par mes cousins Mariette et Marc) et amicaux (famille André JOUSSAUME).
Nous étions donc amenés, tout au long de nos parcours professionnels et syndicaux respectifs, à échanger nos expériences, nos idées et nos projets.
Avant la Réforme DEBRE, Francis PEIGNé fut un neuro-psychiâtre consultant de ville, avec une activité hospitalière à temps partiel jusqu'à son adhésion au plein-temps en qualité de chef de service à l'Hôpital COCHIN.
Membres de la Fédération CGC des Médecins Salariés, nous avons été amenés à prendre dès 1958, une part de plus en plus importante dans le mouvement contestataire induit par l'ampleur de la Réforme Hospitalo-Universitaire qui a profondément transformé, par l'extension du plein-temps, les modalités d'exercice de plusieurs générations de spécialistes de toutes disciplines.
Par l'objectivité de ses analyses, par la pondération et la pertinence de ses propos, par l'opportunité de ses prises de position, Francis PEIGNé s'est vite imposé comme un leader modéré capable de rassembler une majorité désorientée et prête à tous les excès. C'est ainsi qu'il fut porté à la présidence de l'Intersyndicale Nationale des Praticiens Hospitaliers dite "du 12 février 1983" qui devint un des principaux interlocuteurs des pouvoirs publics qui se trouvaient parfois eux-mêmes dépassés par les conséquences des réformes et de leur application sur le terrain.
Outre la mise au point des réformes statutaires d'accompagnement, Francis PEIGNé s'impliqua totalement avec le soutien de la CGC, dans une réforme audacieuse inspirée de certaines structures européennes : la "départementalisation" qui était impatiemment attendue par les jeunes chefs de clinique. Par contre, ce projet fut mal expliqué et mal compris de leurs aînés . Pour diverses raisons et notamment le changement inopiné de gouvernement [1], cette réforme fut retardée et finalement abandonnée.
Par la suite, Francis PEIGNé fut chargé de mission par le Ministre Claude EVIN qui eut la responsabilité dans le gouvernement ROCARD de préparer, après celle de Robert BOULIN du 31 décembre 1970, la seconde Loi hospitalière du 31 juillet 1991. Cette loi fut en grande partie inspirée par le rapport de la mission PEIGNé à laquelle il m'a fait l'honneur de m'associer. [2]
Francis PEIGNé a exercé une profonde influence sur le corps médical hospitalier public pendant toutes les années qui suivirent en raison de sa forte personnalité, de sa longue expérience du milieu professionnel dans toutes ses composantes et de la sagesse de ses avis. Il fut même à la demande du Dr. Louis SERFATY, ancien Président de la F.H.P. un des animateurs du Club 3 P [3]  réunissant périodiquement un certain nombre de professionnels de santé, administratifs, économistes, gestionnaires décideurs politiques de toutes tendances concernés par les problèmes complexes relevant de la santé et de la protection sociale, de leur évolution, et de leur économie.
Du brassage des idées évoquées lors de ces réunions mensuelles, on a pu entrevoir l'esquisse de la médecine de demain et les transformations imaginables dans les innombrables façons de l'exercer au bénéfice d'une population dont l'espérance de vie s'accroît régulièrement.
La seule certitude qui s'est dégagée de ces échanges réside dans la poussée irrésistible des coûts et de l'impossibilité de les répartir équitablement par la voie historique en vigueur depuis 1945 de la solidarité sur toute la collectivité dans sa diversité..
Au seuil du XXI ème siècle, certains, avec Claude REICHMANN, considèrent que la seule formule rationnelle utilisable résiderait donc, dans le système contemporain de l'économie de marché, dans le recours à l'assurance individuelle volontaire classique encouragée et surveillée par les pouvoirs publics.
Se trouvera-t-il dans une génération future; un autre Francis PEIGNé pour conseiller nos lointains successeurs ?

  

1.
En juillet 1984, Laurent FABIUS succède brusquement à Pierre MAUROY à Matignon juste au moment de la signature du décret. Les scrupules de Gilles JOHANET, alors conseiller social du Premier Ministre démissionnaire, ont porté - bien involontairement - un coup fatal à la départementalisation. 
2.
"Notre système hospitalier et son avenir" – rapport de la mission PEIGNE. ENSP éd.. Rennes 1er trimestre 1991 
3.
Club de réflexions Perspectives Public Privé.