De vieille noblesse bretonne, Jean de KERGUIZIAU de KERVASDOUE. est un personnage hors du commun dont la réussite exemplaire est le fruit d'une ambition ardente, d'une intelligence aigue, d'une volonté farouche et vindicative.
Ami d'enfance de Jérôme EUVRARD depuis les pâtés de sable sur la plage de Trestrignel de PERROS-GUIREC..., Jean de KERVASDOUE est au départ, simple ingénieur agronome et à l'arrivée Professeur titulaire de la Chaire d'Economie de la Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers. Deux étapes importantes ont marqué son parcours : comme haut fonctionnaire Directeur des Hôpitaux et comme PDG de la SANESCO, société privée de conseil d'entreprises spécialisée dans le secteur de la santé. Auteur de nombreux ouvrages à succès, il représente, avec Béatrice MAJNONI d'INTIGNANO, RODWIN, SCHUMPETER, le regretté Jean Claude STEPHAN, la génération montante des économistes spécialisés dans un domaine en plein essor s'appuyant sur des données scientifiques et expérimentales.
L'annonce sur un programme d'une conférence ou d'un exposé où figure son nom retient toujours l'attention. Le 15 février 2000 au Club 3P, devant une salle comble, l'auditoire est resté pendant deux heures sous le charme d'un conférencier brillant, dominant parfaitement son sujet, se montrant extrêmement critique, mettant en relief toutes les erreurs accumulées par tous les gouvernements successifs et la haute administration depuis l'institution de la Sécurité Sociale. Sans proposer de solution, et devenu intouchable, l'orateur donnait l'impression qu'il réglait ses comptes personnels avec une satisfaction à peine dissimulée derrière un sourire tantôt ironique tantôt carrément sardonique...!
Malheureusement, le bon mot assassin se perdait dans une sorte de hennissement ponctuant une élocution presque inaudible, gâchant ainsi une partie de l'effet humoristique recherché. Son propos gagnerait beaucoup à quelques cours de diction...
Il avait heureusement pris soin de faire distribuer au début de sa conférence un texte polycopié de 17 pages permettant à l'auditoire de suivre l'exposé et de ne rien perdre du sel de chaque chute. Quelques jours plus tard, chaque membre du Club 3 P recevait un second exemplaire, imprimé cette fois, mais légèrement différent du premier
Du grand art, un professionnalisme confirmé, une organisation parfaite, une soirée enrichie par une démonstration accablante, telles furent les réflexions des participants sans parler d'un sentiment général de malaise devant une situation devenue inextricable.
Le malheur, c'est que les " décideurs " sont toujours des bien-portants dont les conceptions et les préceptes s'effacent d'un seul coup lorsqu'ils tombent eux-mêmes malades [1]! Adieu, les belles théories économiques ou humanitaires: ils exigent alors les meilleurs médecins, de préférence professeurs, si possibles gratuits, les médicaments les plus récents, voire les plus coûteux, les soins les plus diligents dans les établissements les plus réputés. Tant pis pour l'équilibre des comptes de l'Assurance-maladie. L'établissement le plus convoité n'est pas l'hôpital public sous tutelle du ministère des Affaires Sociales ou de la Santé, mais le Val de Grâce sous tutelle du ministre des Armées...!
 
1.
Le hasard a voulu que justement Jean de Kervasdoué découvre à son tour comme patient cette fois, et alité, la réalité d'un hôpital qu'il ne connaissait qu'en position verticale du temps où il les dirigeait et qu'il croyait bien les connaître... Il faudrait faire lire « L'hôpital vu du lit » (Ed du Seuil 2004) à tout candidat à un poste hospitalier ou de décideur.