Ayant eu l'honneur d'être reçu à son domicile du 5, rue de l'Université, alors modeste représentant des médecins hospitaliers C.G.C., je ne peux passer sous silence le souvenir que j'ai conservé de ces entretiens avec le grand personnage qui me recevait avec tant de civilités pour m'expliquer, et à travers moi à mes mandants, le sens et le but de la Réforme Hospitalo-Universitaire qu'il avait fortement impulsée et qui était déjà parvenue à un stade irréversible. Nous étions en janvier 1960 et les Ordonnances de 1958 étaient déjà en voie de réalisation.
A chaque visite, dans un salon du rez de chaussée, il m'a fait asseoir à sa droite, sur un canapé, sous prétexte d'une légère surdité. Il m'a posé quelques questions pour me situer parmi ses innombrables visiteurs. Avec une infinie courtoisie, me traitant comme son égal, il m'a exposé avec un sens pédagogique consommé toute l'architecture de la Réforme qu'il avait conçue et que les pouvoirs publics, selon les directives de son fils, Michel, Premier Ministre, mettaient en forme. Il m'a conseillé de voir ses collaborateurs directs, M. Raymond MARTINET que je connaissais déjà puisque nous habitions dans le même immeuble, le Pr. AUJALEU que je pratiquais de longue date, et M. EPIPHANOFF qui traitait le volet Universitaire. Le Pr. Robert DEBRE a même sollicité pour moi, une entrevue avec M. Bernard CHENOT, Ministre de la Santé, qui m'a reçu moins d'une semaine plus tard …!
Tant d'égards pour ma bien modeste personne. Je dois reconnaître que j'ai approché de très près un personnage impressionnant par son élocution, son maintien, sa classe, une politesse exquise, mettant à l'aise l'interlocuteur intimidé que je devais être. Ne disait-on pas qu'en clientèle, ce grand pédiatre, ne tutoyait jamais un enfant, même en bas-âge !
Par recoupements, j'ai appris le cérémonial qui accompagnait les invitations à dîner des "grands patrons" sollicités d'accepter le plein-temps avec secteur privé intra-hospitalier.
J'ai évoqué ailleurs mon opinion sur la Réforme, ses conséquences et son auteur qui s'est lui-même longuement exprimé dans son livre "l'honneur de vivre" écrit 15 ans environ avant sa mort.
Je dois reconnaître que ces 3 visites, rue de l'Université, m'ont laissé un souvenir inoubliable.