Précédée d'une réputation de "fonçeuse" et de "battante", la fille de Jacques DELORS, (le ministre des finances du gouvernement MAUROY, auteur de 3 dévaluations successives), a été propulsée en Juin 1997 au poste n°2 du gouvernement Lionel JOSPIN avec l'énorme portefeuille de l'emploi et de la solidarité à la faveur de la dissolution intempestive et donc ratée de l 'Assemblée Nationale par Jacques CHIRAC.
Ayant une bonne connaissance du dossier social puisqu'elle avait déjà occupé autrefois le poste de Directeur du Travail et de la main-d'oeuvre, elle est arrivée en trombe à l'Hôtel du Châtelet avec quelques idées bien arrêtées :
  1. d'abord effacer sans délai tout ce qui pouvait rappeler son prédécesseur Jacques BARROT qu'elle a chassé sans ménagement de son bureau et naturellement le plan JUPPE qu'il avait commencé à appliquer.
  2. reprendre tout à zéro tout en donnant des espoirs aux professions de santé dont la grogne avait contribué à la chute de JUPPE et permis justement l'accession au pouvoir de Martine AUBRY.
  3. réduire le chômage et rétablir l'équilibre des comptes de la Sécurité Sociale, objectifs qu'aucun de ses prédécesseurs n'a réussi à atteindre.
N'ayant qu'une connaissance superficielle de la psychologie du corps médical ni de la longue stratégie de la CSMF (en dépit de l'aide apportée par son Secrétaire d'Etat Bernard KOUCHNER qui a préféré affronter les périls du KOSOVO plutôt que de voir exploser la marmite hospitalière,) Martine AUBRY a perdu plus d'un an (1997-1998) sans parvenir à trouver une solution viable : résultat, elle a du imposer le règlement conventionnel minimal (merci JUPPE !) et imposer une tutelle étatique de plus en plus lourde sur les caisses et les médecins, les assurés étant pour cette fois épargnés comme elle l'avait promis.
Femme au caractère bien trempé, elle tranche avec son oeil d'aigle, sur celles qui l'ont précédé, Mmes POINSO-CHAPUIS, Michèle BARZACH ou Elisabeth HUBERT. On ne peut la comparer qu'à Mme Simone VEIL avec qui elle partage, la carrure politique, la volonté et la détermination.
J'ai admiré à plusieurs reprises Martine AUBRY présider avec autorité et compétence la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale. J'ai déploré comme d'autres son dogmatisme idéologique sur les 35 heures et sur la CMU. La mondialisation de l'économie conduit fatalement à une concurrence de plus en plus vive entre pays riches cherchant à maintenir leur standing et pays pauvres s'efforçant d'améliorer leur sort au prix d'efforts soutenus et de sacrifices.
L'affaire MOULINEX est exemplaire : au lieu d'accuser comme toujours une soi-disant mauvaise gestion conduisant à des fermetures d'usines, à l'extension du chômage et à des délocalisations, il faut peut-être se demander pourquoi l'usine d'aspirateurs de Falaise (300 employés) sera transférée en Pologne, l'usine de fours à micro-ondes (1.100 personnes) sera reprise par l'américain Wirlpool pour les faire fabriquer en...Chine, et les fers à repasser (200 personnes) vont quitter Alençon pour le Mexique ?
Martine AUBRY qui rappelle souvent son expérience du secteur privé [1]  ne semble par avoir bien perçu la fragilité de ce secteur parce que précisément, elle avait trouvé cet emploi par haute protection et qu'en outre, à ce niveau, elle était dispensée "d'aller au charbon" comme n'importe quel responsable de P.M.E.
La vraie question est celle-ci : dans ce désastre économique et social, quelle est la part de la Réforme Hospitalo-universitaire, ambitieuse et surdimensionnée dès sa conception, comme Raymond MARTINET [2]  m'en avait confié l'aveu un matin d'avril 1960 à son domicile ?
Subsidiairement, ce désastre n'aurait-il pu être évité si, par dérogation à la réglementation rigide de la Sécurité Sociale, les charges sociales des usines MOULINEX avaient été diminuées de moitié pendant un temps suffisant pour conserver à la France sa dernière usine de fers à repasser ?...
Je n'ai bien sur pas pu poser directement ces deux questions incongrues à Martine AUBRY. Par contre, je sais qu'elle a toujours systématiquement marqué sa préférence pour l'hôpital public qu'elle a paré de tous les mérites et qu'elle favorise financièrement chaque fois qu'elle le peut. Comme tous les « politiques » bien portants, elle connaît mal le fonctionnement interne de l'institution qui n'a cessé de se dégrader, victime de son inadaptation et de sa lourdeur bureaucratique.
La départementalisation de 1984 mal conduite puis abandonnée par un gouvernement faible en face d'un conservatisme égal à lui - même, aurait été la grande chance de survie de l'hôpital public en cette fin de siècle. Une Martine AUBRY aurait peut-être, par son caractère abrupt, mieux résisté que la pauvre Georgina DUFOIX aux pressions d'une minorité de mandarins.
Malheureusement, plus personne n'a gardé le souvenir de cette occasion manquée, ni Martine AUBRY ni son entourage.
On a beaucoup glosé sur le caractère agressif et dominateur de Martine AUBRY conduisant son nombreux cabinet d'une main de fer, n'écoutant pas les conseils de prudence pour parvenir à son but, coûte que coûte, s'impliquant totalement et payant de sa personne comme lors des débats parlementaires sur les 35 heures et la CMU. "Un furieux appétit de pouvoir", "une volonté farouche au service d'une idéologie militante" " une vitalité et une énergie débordantes " telles sont les principales caractéristiques de sa personnalité.
On a dit aussi " qu'elle peut mentir avec une mauvaise foi inouïe en vous regardant dans les yeux " (Le Figaro 19 janvier 2000)
André SANTINI, le facétieux député-maire RPR d'Issy-les-Moulineaux a posé la devinette suivante :
- Qu'elle est la différence entre Martine AUBRY et un Pitbull ?
- Réponse : son rouge à lèvres !
Quelle que soit l'opinion qu'on portera sur elle lorsqu'elle aura quitté ses fonctions, personne ne pourra se montrer indifférent ou amnésique.
L'histoire la jugera sur ses promesses : "l'équilibre de la Sécurité Sociale est rétabli " (avril 2000) et sur les réalisations dont elle tire sa fierté : les 35 heures et la CMU.
 
1.
Le Président du CNPF Jean GANDOIS avait embauché dans les années 1990 Martine AUBRY comme Directeur Général de PECHINEY. Il n'aurait jamais imaginé qu'un soir d'Octobre 1997, au sortir de MATIGNON où il venait de découvrir le projet de loi sur les 35 heures il déclarerait : " J'ai été berné ! ". 
2.
Directeur du Budget chargé avec Eugène AUJALEU (directeur général de la Santé et des Hôpitaux, secondé par Melle Marianne DEMOLON) et M EPIPHANOFF (directeur général de l'Education Nationale) de mettre en place la Réforme DEBRE.