Qui connaît le rôle et l'influence exercée par la Fédération Hospitalière de France ?
A vrai dire, peu de médecins, même hospitaliers qui ont vaguement entendu parler de cet organisme qui a le statut d'une Association selon la loi de 1901.
La F.H.F est en fait une Fédération de Syndicats Régionaux fondée en 1889, composée principalement des Maires, en leur qualité de Présidents organiques des Conseils d'Administration des Hôpitaux Publics implantés sur le territoire de chaque commune, des Directeurs Administratifs des établissements publics de santé et des structures médico-sociales publiques dont ils ont la charge.
Son objet consiste à défendre les valeurs républicaines dont l'hôpital public est porteur et à en améliorer le fonctionnement au bénéfice des usagers en fonction des progrès techniques et sociaux concernant la santé et l'assistance à la population.
Placée au carrefour du pouvoir politique et du pouvoir administratif de l'Etat, financée par une cotisation prélevée sur chaque établissement, la F.H.F. dispose de moyens étendus par la présence officielle qu'elle détient dans tous les échelons réglementaires où ses avis sont requis en sa qualité de représentante qualifiée d'un secteur socio-économique en constante évolution.
C'est ainsi qu'elle a fortement influencé toutes les réformes hospitalières et qu'elle a réussi, toutes les fois qu'elle en avait l'occasion, à maintenir ses positions hégémoniques !
A l'égard du Corps médical
C'est ainsi qu'elle a progressivement contribué à la démédicalisation de l'ensemble du système médico-social inaugurée en 1961 comme on l'a vu en réduisant progressivement le pouvoir de décision des médecins des services extérieurs de la Santé (départementaux et régionaux) et de s'assurer par la loi n°84-5 du 3 janvier 1984 du monopole et du pouvoir hiérarchique que la Direction de chaque hôpital exerce sur l'ensemble des personnels de santé.
Je rappelle la bataille acharnée que le Pr. Raymond VILLEY, alors Président de l'Ordre National des Médecins a dû mener en 1983 lors de la discussion du projet de loi par la Commission des Affaires Sociales du Sénat pour faire inscrire les mots "dans le respect de la déontologie et des responsabilités médicales" pour atténuer, même très modérément, l'étendue du pouvoir hiérarchique illimité obtenu par le corps des Directeurs soutenus par la F.H.F.
Seules, subsistent encore deux seules directions médicales dans les établissements militaires et les Centres de lutte contre le cancer !
Vis à vis des Maires,
A la question périodiquement posée de la place du Maire dans l'organigramme du Conseil d'Administration des hôpitaux, la F.H.F. a résolument apporté le soutien le plus efficace pour leur maintien au poste électoralement toujours précieux de Président du Conseil d'Administration de l'hôpital devenu au fil du temps et avec la progression irrésistible du chômage, le plus gros employeur du secteur ou de la ville dont il est l'élu.
Par sa composition, le Sénat a régulièrement soutenu cette orientation de la FHF…
Enfin vis à vis des cliniques
La FHF s'est toujours montrée hostile à l'exercice libéral des spécialistes en clinique conventionnée, considérée comme une dangereuse rivale de l'Hôpital public.
Rappelant que la totalité du corps médical, généralistes et spécialistes confondus, avaient été formés par l'Hôpital public, la FHF avait encouragé la généralisation du plein-temps et la création d'un secteur médical privé intra-hospitalier public qui permettrait d'attirer à l'hôpital public une catégorie de population qui ne fréquentait jusqu'alors que les cliniques privées. De plus, la FHF se félicitait des recettes supplémentaires qu'elle espérait tirer de cette nouvelle clientèle, sur le confort de l'hébergement.
Les exigences des Hospitalo-universitaires se heurtaient souvent aux contraintes des Directeurs, créant des conflits d'autorité entre le corps des gestionnaires et certains abus commis par certains Praticiens en matière de dépassements d'honoraires dans l'usage de leur exercice privé.
Sans toutefois approuver la violente diatribe que deux grands patrons ont lancée contre la F.H.F. dans leur livre [1], il faut bien reconnaître que ce débat repose sur un conflit d'intérêts et d'autorité entre le "pouvoir médical" et le "pouvoir administratif" qui a finalement tourné à l'avantage du second sur le premier, réduit au rôle d'agent technique d'exécution.
J'ai eu souvent l'occasion d'approcher certains dirigeants de la FHF depuis leurs Présidents MINJOZ puis Claude EVIN, tous deux anciens Ministres, leurs délégués Généraux, Pierre RAYNAUD, puis Gérard VINCENT qui a succédé au flamboyant Philippe CADENE dont la richesse dialectique éclipsait au Conseil Supérieur des Hôpitaux les timides propositions d'un corps médical subjugué.
Compte tenu des excellentes relations que j'ai eues en particulier avec Gérard VINCENT que j'avais connu lorsqu'il était encore jeune Directeur de l'Hôtel Dieu de Paris et jeune syndicaliste de Cadres Hospitaliers, je suis persuadé qu'il était possible de trouver un modus vivendi entre le corps médical et le corps des gestionnaires, rapprochement qui est justement en train de se réaliser depuis le plan JUPPE tant décrié depuis 1996 et presque achevé avec la Nouvelle Gouvernance de Juin 2006…!
Une nouvelle étape
La F.H.F. va sans doute franchir un nouveau stade à l'occasion de son prochain transfert de siège de l'avenue d'Italie dans un futur immeuble qui sera édifié sur un terrain appartenant au Centre hospitalier spécialisé Ste Anne [2]  mis à sa disposition.
Cette opération aura probablement de multiples avantages parmi lesquels… celui de révéler une bonne gestion.
 

 

1.
Avertissement aux malades, aux médecins et aux élus par les Prs Philippe EVEN et Bernard DEBRE, Le Cherche Midi, éd. PARIS nov.2002, 438 p. (" a FHF, un formidable bluff", p. 282-284 
2.
La première pierre a été posée le jeudi 30 juin 2006.