La place de l'urgence dans la chaîne des soins préoccupe depuis plusieurs années les pouvoirs publics. Depuis Edith CRESSON, J.L. BIANCO, Bruno DURIEUX, Edouard BALLADUR, on s'est efforcé de trouver des solutions tirées du premier rapport du Pr. Adolphe STEG adopté à l'unanimité par le Conseil Economique en 1988.
Un second rapport sur la médicalisation des urgences commandé au Pr. A. STEG par la Commission de restructuration des urgences a été présenté à Mme Simone VEIL et à Ph. DOUSTE-BLAZY le 17 septembre 1993 en présence des autorités et de la presse.
De la simple "bobologie" au grand polytraumatisme en état de choc, du "coup de soleil" à l'infarctus du myocarde, de la rétention aigüe d'urines à la crise d'éthylisme, on voit défiler surtout la nuit dans les locaux de l'hôpital public et plus rarement en clinique privée, un large éventail de la pathologie humaine. Après avoir distingué les urgences vraies des urgences ressenties, des cas non urgents relevant du dispensaire ou de l'assistante sociale, tous les rapports ont souligné la sous-médicalisation de ce service, même s'il est convenablement organisé.
Du fait d'un hospitalo-centrisme généralisé dans l'esprit de la population, on a pu dire que l'hôpital public a pris la place du médecin de famille dans la gestion de l'urgence. Il faut bien dire que le généraliste, "toujours pivot du système de soins", s'est progressivement retiré du circuit, laissant à d'autres organisations le soin d'assurer la continuité du service médical assumé bénévolement depuis la nuit des temps. Faut-il rappeler que la société a évolué et qu'elle ne récompense plus la disponibilité et le dévouement du médecin de famille que toutes les tentatives de réhabilitation de la puissance publique, sont restées sans effet ?
L'Urgence hospitalière
L'Urgence est une consultation non programmée qui se déroule dans un local ouvert jour et nuit à la disposition du public, souvent inquiet et très attentif à la façon dont il va être reçu et soigné. Ce premier contact sera décisif sur le souvenir qu'il en gardera et le jugement qu'il formulera sur "la vitrine de l'hôpital", ouverte en permanence à longueur d'année.
Les locaux consacrés à l'urgence se sont considérablement transformés en un demi-siècle. Les locaux de consultation - qui n'existaient pas toujours [1] - ont pendant longtemps servi à l'accueil immédiat des urgences [2], jusqu'à ce que, lors de l'agrandissement de l'établissement, un véritable service d'accueil des urgences soit construit sur des normes modernes, selon les plans et sous la surveillance du corps médical.
L'interne de garde
Le rapport dénonce l'ambiguïté du terme "interne" [3]  qui désigne indifféremment dans le public, soit un DES, soit un DIS, soit un résident, soit encore un FFI [4]. Ce terme recouvre des formations disparates et des compétences inégales, mais comportant toujours de lourdes responsabilités incompatibles avec un statut "d'élève". C'est pourtant à ce premier niveau d'accueil que sont confiés sans distinction tous les cas, y compris ceux qui exigent de solides connaissances et une bonne expérience.
Il en résulte des prescriptions inutiles et des hospitalisations de couverture (avec leurs incidences économiques), des erreurs de diagnostic, d'orientation ou de thérapeutique parfois gravissimes pouvant conduire le "coupable" à répondre de son incompétence devant les tribunaux.
Le Rapport souligne au passage la disponibilité et le dévouement de ces "étudiants livrés à eux-mêmes", mais aussi les difficultés relationnelles résultant d'une maîtrise approximative du français, parlé ou écrit, par cette catégorie de personnel d'origine étrangère à 70% parfois.
La solution passe par la "seniorisation" de l'accueil des urgences, c'est à dire une équipe de 5 médecins seniors à la fois thésés et ayant acquis une formation spécifique à l'urgence au lieu de 3 comme le prévoyait la circulaire du 14 mai 1991, qui avait déjà parfaitement balisé le champ de l'urgence dans toutes ses composantes. Or "même sur cette base réduite, on est le plus souvent loin du compte", situation "apportant une fausse sécurité à la prise en charge des urgences" mais " trompeuse et dangereuse".
Accidents de la route
Le chef de l'Etat a indiqué trois priorités au début de son quinquennat ouvert en mai 2002 : le plan Cancer, les personnes handicapées et les accidents de la voie publique. Sur ce dernier point, faut-il rappeler que certaines portions d'autoroutes ou de routes de campagne sont aussi dangereuses par l'accident que par l'intervention urgente qui lui fait suite ?
Le pronostic dépend très souvent des premiers soins, de leur rapidité et de la compétence des équipes qui se succèdent au chevet des victimes. Qui aurait imaginé, au moment de la Réforme de 1960, que 10 ans plus tard, le premier geste salvateur serait réalisé par un membre du SAMU appelé par radio, effectuant immédiatement une intubation trachéale sur un grand traumatisé étendu sur l'asphalte même ?
 
1.
Ainsi, à l'hôpital de Neuilly, un des plus récents, achevé juste avant la guerre de 1939, il n'y avait pas de consultations externes et à plus forte raison pas de service d'accueil des urgences ! 
2.
C'est justement la raison pour laquelle Police Secours et les pompiers rechignaient à déposer leurs blessés à l'hôpital de Neuilly parce que les consultations installées quelques années plus tard se trouvaient au sommet d'un superbe perron de huit marches où ils devaient les hisser sur leur civière à la force des bras, alors que, 4 kilomètres plus loin, à l'hôpital Beaujon, il pouvaient de plain pied faire passer leurs brancards sans effort, de leurs voitures aux locaux de l'urgence ! 
3.
vocable propre à la France et qui n'a pas d'équivalent en Europe 
4.
Ils représentent en 1993 44 % du total des postes (72 % d'entre eux sont tenus par des étrangers)