L'étude l'exercice à temps partiel est inséparable de celle du corps des Attachés des hôpitaux
L'attaché des hôpitaux publics constitue un corps intermédiaire appelé à disparaître avec la Réforme DEBRE de 1960. Au nombre de 25 à 35.000 environ en 2000, le ministère de la Santé n'a jamais pu fournir un chiffre précis, ce corps est toujours indispensable au bon fonctionnement de l'hôpital public.
Dès la fin de la guerre, le développement rapide de l'hospitalisation publique justifia, pour un nombre croissant de spécialités, le recrutement de spécialistes de ville appelés en renfort des équipes de titulaires déjà en place en vertu du fameux R.A.P. du 17 avril 1943.
Les premiers attachés furent recrutés au concours dès 1942 à l'A.P. de Paris pour la seule Radiologie. A l'origine en 1942 en effet, l'attaché fut conçu à l'Assistance Publique de PARIS pour la radiologie, secteur encore peu développé et par conséquent peu convoité. Recruté après un concours assez facile, l'attaché de radiologie était un médecin très modestement payé à la demi-journée, en principe de 3 heures 30 de présence.
En 1945, juste après la libération de Paris et pour faire face aux besoins croissants, on recrute sans concours cette fois un nombre de plus en plus important d'attachés, dans toutes les spécialités, médecins dits vacataires, exerçant à temps-partiel ou parcellaire à raison de quelques heures par matinée ou d'après midi.
Médecins non titulaires appelés à seconder les chefs de services qui en faisaient la demande auprès des autorités locales, directeur de l'établissement et médecin directeur départemental. nommés par ce dernier [1], pour une période variable, l'attaché était payé par prélèvement d'une part variable de la masse des honoraires dont les chefs de service étaient encore propriétaires et en assuraient la répartition entre eux. Cette formule très souple et quelque peu paternaliste avait le mérite de rémunérer l'attaché en fonction du travail réellement fourni, notamment en activité de garde.
Les "soutiers des hôpitaux"
A partir du moment où les médecins hospitaliers furent dépossédés de la propriété de la masse et donc de la répartition des honoraires médicaux, en 1961, la situation des attachés devint particulièrement précaire. Recrutés ou licenciés sans la protection d'un statut, soumis aux aléas conjoncturels les plus divers, et de plus, considérés comme le dernier échelon hospitalier dans une pyramide professionnelle très hiérarchisée surtout dans les CHU récemment créés comme je l'ai rappelé au début de ce récit, les attachés ont été malicieusement appelés par le CONCOURS MEDICAL, les "soutiers des hôpitaux" pour rappeler avec réalisme la précarité de leur condition.
Tous les spécialistes installés en ville étant issus de l'hôpital auquel la Réforme DEBRE donnait une impulsion irrésistible, chaque médecin avait et a toujours l'ambition de conserver un lien avec le lieu de sa formation, le contact avec le milieu toujours enrichissant du service hospitalier, avec l'exercice sécurisant du travail en équipe, même si les conditions matérielles étaient et sont toujours médiocres, voire proche d'un esclavage librement consenti, mais procurant en contre partie une notoriété personnelle valorisante auprès de la clientèle de ville.
Seule, une démarche d'inspiration syndicale pouvait améliorer les conditions de recrutement, d'exercice, de sécurité de l'emploi et de reconnaissance des services rendus par le corps des attachés de toutes spécialités qui grossissait d'année en année, alors que selon le Pr. Eugène AUJALEU, "ce corps était appelé à disparaître lorsque la Réforme DEBRE aurait atteint son régime de croisière".
Ils n'avaient pas d'existence légale car dans l'esprit de l'Administration de l'époque [2], ces médecins auxiliaires étaient appelés à "disparaître rapidement". En réalité, on s'aperçut bien vite que, par leur souplesse, les attachés rendaient des services de plus en plus appréciés et loin de disparaître, il fallait les reconnaître par un statut.
  • le premier vit le jour en 1961 pour les C.H.U.

  • le second en 1963 pour les hôpitaux généraux.

  • mais ce n'est que le 13 mai 1974 que parut le décret portant le statut des attachés après 13 années de démarches syndicales.

  • Le 4ème statut parut en 1981.

L'Intersyndicat C.G.C. des médecins adjoints, assistants et attachés des hôpitaux de la Région de Paris
Avec quelques amis, nous avons réfléchi à l'avenir de l'hospitalisation publique et du corps médical subalterne qui constituait progressivement les équipes soignantes à temps partiel et bientôt à plein-temps dans les hôpitaux.
Avec le Dr. François LE BOITEUX, gastro-entérologue attaché de l'Hôpital de Nanterre, établissement qui était appelé à perdre son statut d'Hôpital relevant de la Préfecture de Police pour entrer un jour dans la catégorie des hôpitaux généraux, nous avions limité nos ambitions à la Région de PARIS alors en gestation et bientôt en forte expansion.
Nous avions pensé que les médecins-adjoints, les assistants et les attachés avaient des liens étroits tirés moins de leur place hiérarchique dans l'hôpital public que de leur mode d'exercice en commun dans chaque service et par conséquent de leurs conditions statutaires : cadres salariés, soumis à une réglementation commune et devant bénéficier d'avantages sociaux communs : congés, retraites, etc.. En particulier, les attachés étaient en fait "des contractuels sans contrat".
La formule d'un Intersyndicat permettait de grouper et d'harmoniser les propositions de ces trois catégories.
Enfin, pourquoi la C.G.C.? Cette affiliation suscita beaucoup de méfiance. Elle allait à contre-courant des idées en vigueur dans le milieu médical d'exercice libéral qui n'avait pas encore assimilé la notion de salariat avec toutes ses conséquences. Il nous était apparu que l'avenir appartenait à des formations polycatégorielles représentatives par opposition aux syndicats catégoriels. Mais la spécificité médicale nous incitait à choisir une organisation strictement apolitique et caractéristique des fonctions comportant une formation permanente et l'exercice d'une responsabilité professionnelle spécifique à d'autres catégories comparables comme celles des cadres.
C'est ainsi que furent déposés le 24 mars 1960 à la Préfecture de VERSAILLES (Seine et Oise) sous le n° 224 les statuts de cet Intersyndicat régional qui fut rattaché par la suite à la C.G.C par l'intermédiaire de la Fédération Nationale C.G.C.des Médecins salariés, contractuels et fonctionnaires dont le siège fut transféré 16, rue de Condé PARIS 6ème.
8 ans plus tard, le 16 mai 1968 et après plusieurs transformations intermédiaires, le premier Syndicat national d'attachés des hôpitaux fut légalement constitué. Dans le brassage d'idées de l'époque, les principaux objectifs des attachés de certains grands CHU et des hôpitaux généraux satellites furent abordés et affinés. Lors d'une de ces réunions mouvementées qui se tenait dans un des amphithéâtres bondé de l'Hôpital COCHIN, je fus pris à partie par un célèbre anesthésiste pour mes attaches avec la CGC. Je lui répondis qu'il confondait la CGC avec certaines Centrales politisées et que de surcroît il semblait ne plus se souvenir que sa discipline oubliée dans la réforme DEBRE ne fut réintroduite que par nos soins lors de deux entrevues ministérielles auxquelles il avait pu, à notre demande, lui-même participer, ce qui lui avait permis d'intégrer la filière hospitalo-universitaire...! Ma réplique suivie d'applaudissements nourris me valut un adversaire supplémentaire et déterminé….
Le mouvement de coordination des attachés était irrésistiblement lancé grâce au regretté CLEMENT (décédé peu après d'un accident de chasse), par Pierre BOUTARIC qui était par ailleurs un des dirigeants de la Chambre syndicale des médecins de la Seine, puis par Madame Huguette MIANSAROW qui assura pendant de longues années avec brio et détermination la Présidence de ce Comité National de Coordination des Attachés.
Ce rappel historique serait incomplet sans le rappel de l'action continue pendant plus de 30 ans menée par le Dr. Paul OLIVIERI en faveur des médecins attachés des hôpitaux, étant lui-même attaché de radiologie et animateur, au décès de Jean CORDEBAR, de l'Union Syndicale C.G.C. des médecins hospitaliers et hospitalo-universitaires.
Les statuts des Assistants et des Attachés
Après d'innombrables démarches qu'il serait fastidieux de rappeler, les Assistants et les Attachés obtiennent enfin chacun un statut spécifique.
Le Syndicat National CGC des Médecins Hospitaliers exerçant à temps partiel animé avec fermeté et continuité par notre fidèle ami Jean SOLIGNAC, ophtalmologiste du Centre Hospitalier de l'Intercommunal de CRETEIL milite pour un parallélisme "prorata temporis" entre les déroulements de carrière et les avantages sociaux accordés aux praticiens exerçant à temps plein. Il rappelle au passage que le Conseil d'Etat statuant au Contentieux a rendu un arrêt n° 73505 en date du 24 février 1989 restituant à ce syndicat le siège qu'il détenait au Conseil supérieur des Hôpitaux et qui lui avait été abusivement retiré par l'arrêté du 8 Juin 1984.
Pour les attachés, 3 catégories sont crées pour leur assurer une certaine stabilité d'emploi et une carrière :
  • l'attaché nommé pour une courte durée (six mois ou un an)

  • l'attaché en Premier nommé pour un à deux ans.

  • l'attaché consultant nommé pour trois ans renouvelables avec la possibilité d'accéder une carrière plein-temps en devenant PH. On notera au passage que ce titre pouvait donner accès au DP (droit permanent aux dépassements d'honoraires de ville en exercice libéral).

Une action syndicale discontinue et bien discrète
Le grand défaut du corps médical en général et celui des attachés en particulier réside principalement dans son manque de continuité. C'est ainsi qu'après la création en 1960 de l'Intersyndicat Régional rappelé plus haut et le syndicat national des Attachés en 1963 animé par Jean KORESSIOS, on voit fleurir périodiquement de nouvelles structures syndicales d'attachés qui semblent ignorer le passé syndical de cette catégorie de personnel médical et ses démarches successives dont les échelons ministériels concernés n'ont souvent gardé eux-mêmes qu'un souvenir imprécis. Par contre, nous ne sommes pas près d'oublier l'attention bienveillante que, dans les années 1974 à 1980, M. Jacques GUILLOT, directeur des hôpitaux et M. Jean DULIEGE, chef de service, portèrent à cette forme d'activité médicale.
20 ans plus tard, un nouveau Syndicat d'attachés ainsi qu'une Association Nationale d'attachés se sont réveillés pour conclure avec Bernard KOUCHNER, un protocole d'accord le 14 décembre 2001, qui n'aurait pas été repris en totalité par le nouveau Ministre, Jean François MATTEI en 2002.
Cette remarque vaut pour l'ensemble du corps médical hospitalier exerçant à temps partiel ou parcellaire alors que les praticiens exerçant à plein-temps sont beaucoup plus attentifs à l'évolution de leur carrière à travers l'action conduite par leurs divers syndicats.
Quoi qu'il en soit, sous l'Influence de l'Intersyndicat National des Praticiens à temps partiel des Ets Publics de Santé animé par Jean Charles POULLAIN, il n'existe plus qu'un statut unique de PH, qu'ils exercent à temps plein ou à temps partiel. Mais cette Réforme est incomplète et donc insuffisante puisqu'il n'a pas été possible – pour le moment – d'y inclure les attachés qui sont stricto sensu, des médecins spécialistes à temps partiel (ou parcellaire) dont la présence est indispensable au sein des équipes pour assurer la continuité du service public.
Malheureusement, l'attaché des hôpitaux et le PH à temps partiel n'ont jamais occupé, dans les organigrammes et dans l'esprit de l'ensemble du personnel hospitalier ainsi que dans la hiérarchie administrative, la place qui leur revient, alors qu'un certain nombre d'entre eux, sont à plein-temps en violation de leurs statuts.
Les attachés sont restés en effet "les soutiers des hôpitaux" !
 
1.
Le médecin directeur départemental de la santé était le véritable "patron" de la santé publique dans son département. Disposant d'une autonomie médico-administrative lui conférant une autorité étendue et d'un réel pouvoir de décision, il pouvait de son bureau ou de sa voiture de fonction, intervenir rapidement et efficacement : l'affaire de la poudre BAUMOL (épidémie mortelle de nourrissons stoppée net en 48 heures, pendant un week-end, par le Docteur Yves RODALLEC, lorsqu'il était médecin directeur de la Santé du Finistère) comparée à celle identique du talc MORHANGE survenue quelques années plus tard, apporte la démonstration de l'incapacité des pouvoirs publics qui avaient décidé de priver les Médecins-directeurs de leur pouvoir de décision confié à des Directeurs non médecins. Après plusieurs enquêtes infructueuses, lors d'une réunion d'experts tenue au Ministère de la Santé sous la présidence de Mme Henriette FARCAT, et seulement à la fin du tour de table, le Dr. RODALLEC qui était devenu entre temps simple médecin inspecteur Régional de l'Ile de France, fit état de son expérience et cette seconde affaire fut rapidement élucidée au grand soulagement des autorités.

Cette politique issue de la Réforme des services extérieurs de la Santé inaugurée en 1960,consistant à retirer au corps médical tout pouvoir administratif fut malheureusement poursuivie dans tout le secteur hospitalier. Seuls les hôpitaux militaires et les Centres de Lutte contre le cancer ont encore un médecin à leur tête. 
2.
En 1945, le "Grand patron" du ministère de la Santé fut le Dr. Daniel BOISDE, remplacé en 1958 par le Pr. Eugène AUJALEU, ancien agrégé du Val de Grâce