Le rôle tenu par les secrétaires des organisations professionnelles est rarement et pour ainsi dire jamais évoqué. Et pourtant on imagine mal l'influence qu'elles peuvent avoir sur ceux avec qui elles travaillent à longueur d'année.

J'éprouve en ce moment une sorte d'obligation morale d'évoquer le souvenir que certaines d'entre elles m'ont laissées au cours de mon long parcours.

A l'hôpital de CRETEIL, Madame GACHASSIN assurait le secrétariat de notre maître Gaston METIVET avec un dévouement sans faille : il l'avait opérée autrefois et elle lui en gardait une profonde reconnaissance. Elle le suivait ou le précédait partout, son bloc sténo à la main, répondait pour lui au téléphone, réglementait son emploi du temps, apaisait les petits conflits entre les uns ou les autres, savait éloigner les importuns, s'entendait à merveille avec les religieuses du service ou avec l'administration dirigée alors avec efficacité par Monsieur DANDOIS, ce grand [1] Directeur. Il ne prenait jamais une décision sans consulter notre patron qui nous demandait à son tour notre avis sur telle ou telle question de notre compétence : n'est-ce pas ARNAVIELHE, GAUME, Raymonde MASSIANI, et mes amis GENESSEAU, DIONISI, JUVENELLE ?

Au ministère du 60, avenue Foch, j'ai découvert avec Madame VITOLS l'étendue des connaissances et du pouvoir de décision d'un Secrétariat général tenu avec autorité et pragmatisme dans une période de crise.

A la Fédération C.G.C des médecins salariés, deux secrétaires ont successivement laissé leur empreinte, Mme DEVOYOD, à la fois hyperactive et efficace a contribué à l'essor d'une organisation à laquelle elle impulsait toute son énergie. Melle LOGEAY a assuré pendant de longues années la continuité d'une organisation qui avait pris entre temps une extension européenne. Tout en assumant une tâche de plus en plus lourde, elle portait sur les diverses composantes du corps médical - malgré un frère spécialiste hospitalier - des jugements parfois sévères et perspicaces qui se sont avérés souvent prémonitoires.

A la Villa Chirurgicale du Bois de Boulogne plus communément appelée "la clinique Jacques Dulud" où j'ai exercé jusqu'en 1986, j'ai eu le privilège de connaître et de travailler en totale harmonie avec Melle Marie DELACROIX qui fut à la fois, infirmière en chef, secrétaire générale et administrative de l'établissement, assurant avec un succès constant, toutes les tâches correspondantes, y compris une comptabilité très lourde bien avant l'apparition de l'informatique. Logée sur place, elle consacrait toutes ses soirées jusque tard dans la nuit pour remplir à la main les bordereaux 615 et corriger mes erreurs de cotation ! Lorsque la clinique changea de propriétaire, Melle DELACROIX décida, après une réflexion pathétique, de partir en retraite. La belle mécanique bien rôdée ne résista pas aux méthodes modernes du management... Quelques mois plus tard, la clinique fut revendue pour une opération immobilière gagée sur la valeur du terrain et livrée au pic des démolisseurs...!

A la F.M.F., Madame BIENFAIT puis Melle THAN ont représenté aux yeux des adhérents et à "l'extérieur" deux versants complémentaires d'une organisation dont la politique et le style ont été marquées à jamais par la forte et attachante personnalité du regretté Pierre BELOT.

Au Collège National des Chirurgiens Français, Mme H. GINESTON a permis de créer les premiers éléments d'un secrétariat appelé à devenir autonome. La maladie de son mari nous a amené à accueillir l'exceptionnelle Madame Estelle BASDEVANT qui a assumé une tâche immense pendant 25 ans dans tous les domaines au service de la chirurgie en général et des chirurgiens en particulier. Au secrétariat du Collège proprement dit, elle a assuré celui de la FNEP, puis ceux de l'Union Collégiale et parallèlement celui des Cahiers de chirurgie. Très organisée, formée précocément à l'informatique, ne comptant jamais son temps, ne connaissant pendant un quart de siècle aucun repos, travaillant à la limite de ses forces tous les jours, samedis et dimanches compris, assurant chez elle une permanence téléphonique, même la nuit, elle a maintenu à elle seule la continuité du Collège dans une période de transformation rapide et de difficultés croissantes. Douée d'une mémoire stupéfiante, elle pouvait situer à chaque appel téléphonique - et ils étaient innombrables - le profil ou le dossier de chaque adhérent, répondant instantanément à la question posée ou se chargeant d'effectuer les recherches nécessaires, puis d'adresser les réponses dans les délais les plus courts.

Mme BASDEVANT a été et est restée la cheville ouvrière d'une organisation qui, à force de travail, était devenue prospère, respectée et par conséquent jalousée puis convoitée. On connaît la suite : engagé dans une lutte sans merci avec un certain nombre d'adversaires, le COLLEGE n'a pu faire face et sauver l'acquit que grâce à Mme BASDEVANT qui a subi personnellement et avec dignité, le contre coup des attaques dont le COLLEGE fut l'objet.

Certains chirurgiens ont oublié ou ne se sont même pas rendu compte de la dette de reconnaissance qu'ils ont inconsciemment contractée envers Mme BASDEVANT qui s'est dévouée sans compter pour une catégorie professionnelle qu'elle admirait, dont elle connaissait les difficultés croissantes et qu'elle a défendue à la limite de ses forces sans avoir jamais été payée de retour.

Quelques uns cependant se souviennent avec émotion, du réconfort moral que sa seule présence leur apportait avec les conseils appropriés devant une difficulté dans leur exercice ou pour dénouer, avec tact, discrétion et clairvoyance certains cas sociaux qui aboutissaient finalement au 7, av. Théophile Gautier.

Certaines personnalités la saluent avec respect, sachant le rôle qu'elle a joué sur l'échiquier syndical et l'aspect le plus noble qu'elle a su montrer en toutes circonstances de la cause qu'elle avait choisie de défendre. De nombreux journalistes qui approchent beaucoup de monde dans notre milieu, peuvent en témoigner.


1.
La haute silhouette de M. DANDOIS (1m85) et la petite taille de notre patron ne furent jamais un sujet de plaisanterie tant leur entente était exemplaire.