Soins, enseignement, recherche et exercice à temps plein, tel était le dogme sur lequel fut bâtie la Réforme DEBRE et dont les mérites ont été célébrés pendant une bonne trentaine d'années.

 

Si la qualité des soins n'est habituellement pas contestée, il n'en va plus de même pour la recherche qui est passée progressivement sous l'influence de l'INSERM. Mais je ne connais pas suffisamment ce sujet pour poursuivre plus avant.

 

Par contre, l'enseignement de l'avis général est demeuré le parent pauvre de cette prestigieuse trilogie qui a distribué plus de titres de Professeur que de véritables méthodes pédagogiques permettant de former un corps d'enseignants efficace.

 

Au moment où les possibilités offertes par les techniques audio-visuelles se sont développées et généralisées, on reste consterné par l'indifférence des étudiants pour des exposés effectués devant des salles quasiment vides.

 

Où est le temps où un Roger COUVELAIRE tenait en haleine un amphithéâtre bondé sur le cancer de la prostate? Où est l'accent si particulier d'un Henri MONDOR captivant une salle comble et mimant tout d'un coup le "cri du Douglas" d'une grossesse extra-utérine en voie de rupture ? Quel est celui d'entre nous qui aurait perdu le souvenir des explications talentueuses d’un ROUVIERE décrivant l'évolution embryologique de l'arrière cavité des épiploons tout en improvisant au tableau des coupes anatomiques dans tous les plans de l'espace dont il avait seul le secret ?

 

Plus près de nous, Raymond VILAIN que j'ai parfois surnommé "le Robert LAMOUREUX ou le COLUCHE de la chirurgie" savait, comme Jean BENASSY, émailler ses propos de réflexions inattendues, de comparaisons surprenantes qui déclenchaient le rire tout en instruisant un auditoire tenu jusqu'à la fin sous le charme de l'orateur.

 

On pouvait mesurer le succès d'un orateur à l'affluence de ses auditeurs qui venaient tôt pour être assis, même sur les marches de l’amphi ou qui n'hésitaient pas à l'écouter stoïquement debout. Certains cours magistraux étaient salués par des applaudissements prolongés comme au théâtre lorsque la troupe a su mettre la pièce en valeur.

 

N'est pas enseignant qui veut : il faut avoir une bonne diction, un micro bien orienté, une voix bien timbrée, un débit variable selon les phases de l'exposé, savoir émailler son propos de réflexions appropriées, l'accompagner par une gestuelle calculée, bref, faire du théâtre justement pour faire passer le message qui doit être retenu.

 

Depuis la disparition de l'oral à l'internat de grand-papa, un des principaux défauts de la Réforme DEBRE tient précisément à cette suppression, puis à celle de la fameuse leçon d'agrégation qui permettait de juger sur le vif les capacités pédagogiques réelles d'un futur professeur. On sait bien que tout candidat n'était pas toujours jugé sur ses mérites personnels mais plus souvent sur son environnement et ses soutiens... mais lorsque la compétition était vive entre deux candidats de valeur comparable, l'épreuve orale pouvait influencer le jury et faire la différence.

 

De l'avis général, l'enseignant d'aujourd'hui même s'il est pleinement compétent sur le sujet qu'il traite, n'a pas toujours les qualités requises s'il n'est pas d'abord un bon acteur sachant capter l'attention de son auditoire.

 

Certains ne se donnent même pas la peine d'articuler et bafouillent, d'autres encore paraissant fatigués, ne cherchent pas à forcer leur talent et deviennent inaudibles. Quant à ceux qui ne savent même pas se servir d'un micro, il ne doivent pas s'étonner de parler devant des bancs vides...!

 

Pourtant, ils sont très instruits mais ne savent pas s'exprimer en public. Par contre, ils peuvent même être d'excellents opérateurs et leur enseignement silencieux par le geste n'est alors réellement efficace que pour ceux qui suivent le déroulement de l'intervention.