Un beau matin, le 13 mai 1960, le J.O. publie un décret daté de la veille instituant une convention départementale type à conclure entre la Caisse locale et le syndicat médical fixant une grille tarifaire et quelques avantages sociaux. A défaut de signature entre partenaires départementaux, il est proposé à chaque médecin libéral une adhésion individuelle à la Convention-type annexée au décret. Seuls, sont dispensés des mesures contraignantes - le respect des nouveaux tarifs - les médecins titulaires de la notoriété, notion encore mal définie.
Ce décret préparé dans le silence du cabinet du Premier Ministre, signé par le Général de Gaulle lui-même et tous les membres du gouvernement, fait l'effet d'une bombe. Rien ne le laissait prévoir et le corps médical en est pétrifié. Il se reprend bien vite en organisant partout des réunions assorties de motions hostiles et en organisant une grève administrative de durée illimitée. Les feuilles de soins sont remplacées par de simples attestations de délivrance des soins sur papier libre pour ne pas pénaliser les malades. Les caisses sont rapidement embouteillées et l'épreuve de force commence à tourner à l'avantage du corps médical jusqu'au début juillet, au moment... des départs en vacances.
Il n'existait à l'époque, il faut le rappeler, qu'une seule organisation syndicale polycatégorielle de médecins libéraux, la CSMF.
Le tout premier, le syndicat confédéré des radiologues présidé par le Dr. Charles PROUX (Créteil) signe la Convention pour ses membres. Un syndicat médical départemental, celui de la Charente, présidé par un chirurgien, le Dr. JONCHERES, signe le 7 juillet 1960 avec la Caisse Primaire la première Convention.départementale.
Il avait pris ses billets pour partir, sauf erreur, en croisière le 12 !
Alors, les uns après les autres, les syndicats signent en ordre dispersé les Conventions départementales de 1960, sauf dans certains départements tels que la Seine, le Rhône, le Loir et Cher, les Bouches du Rhône, principalement du fait de l'influence loco-régionale de leurs dirigeants syndicaux respectifs.
Pour les spécialistes exerçant en clinique conventionnée, la signature d'une Convention individuelle était vitale puisque les actes dispensés étaient et sont toujours en principe des actes lourds et il était impossible de pénaliser les opérés en refusant le nouveau système imposé par décret. De plus, la Convention apportait un avantage considérable puisque le K passait d'un jour à l'autre de 2 frs à 3,60 frs, augmentation longtemps attendue mais qui était, par son ampleur, devenue un véritable pactole. De plus, en compensation des tarifs d'honoraires limités imposés par la Convention, des avantages sociaux (couverture maladie, retraite) et fiscaux, sont annoncés.
Comment alors bénéficier des avantages de la convention sans passer pour des traitres aux yeux des dirigeants syndicaux hostiles à cette "agression caractérisée" surtout dans la Région parisienne, dirigeants qui étaient aussi les correspondants des spécialistes exerçant en clinique.
Tout simplement en signant des adhésions individuelles à la Convention type, mais en les regroupant sous l'égide du jeune syndicat des Cliniques conventionnées créé et dirigé par les 7 premiers qui, par nécessité, seront contraints de braver la vindicte de leurs confrères: Jules BRET (Créteil), Yves LE COUTOUR, (Fontenay aux Roses), Arnaud BRUNET (Paris et Neuilly), les LASCAUX père et fils, Henry MASMONTEIL (clinique du Landy à St Ouen) et Maurice GAHINET (clinique Rémusat).
Ainsi, les intérêts personnels étaient sauvegardés et l'honneur était sauf !