Trois anecdotes (vraies ou fausses mais vraisemblables) seraient à l'origine de la politique hospitalière et conventionnelle de la Vème République.
Un jeune neveu (?) du Général de Gaulle avait une crise d'appendicite aigüe. Le Général exige que le chirurgien le plus réputé de l'époque, le Pr. François de GAUDART d'ALLAINE, examine l'enfant et l'opère. Refus poli du Pr. d'ALLAINE qui s'est consacré depuis 1947 à la chirurgie cardiaque. Il n'effectue plus ce type d'intervention mais conseille un de ses assistants. Mécontentement du Général qui insiste. Le Pr. d'ALLAINE s'exécute de mauvaise grâce mais adresse une note d'honoraires salée : un million de francs de l'époque raconte-t'on, avant la création du franc lourd. Fureur du général qui charge aussitôt son Premier ministre de rouvrir le dossier GAZIER. Elle aboutit au décret du 12 mai 1960.
Deuxième anecdote : les amygdales de Melle L...., collaboratrice directe du Directeur de la Sécurité Sociale au Ministère du Travail. Je ne cite pas son nom car elle vit dans une maison de retraite où je suis allé la voir. Elle m'a confirmé qu'elle avait consulté un ORL très réputé qui, après le succès de son intervention, lui présenta une note d'honoraires représentant près d'une année de son salaire de haut fonctionnaire. Cette mésaventure a, bien entendu, fait le tour du ministère et même au delà avec les effets que l'on devine.
Troisième anecdote. Mécontents des projets de réforme hospitalo-universitaire (voir chapitre précédent) et du décret du 12 mai 1960 ci-après, trois grands patrons parmi les plus renommés sollicitent et obtiennent une audience du Général de GAULLE. Après les avoir écouté, il les éconduit sèchement sur cette phrase qui pourrait bien être authentique : "Messieurs, vous ne m'avez pas convaincu : j'ai sauvé la FRANCE avec une solde de colonel. Avec les milliards que je vous donne, faites-moi de la bonne médecine ! "
Ces trois récits que j'ai entendus souvent mais dont je n'ai pas été le témoin direct sont à rapprocher du passage extrait du livre du Pr. Robert DEBRE : "l'Honneur de vivre " (1974 - HERMANN et STOCK éd.p. 355)
" Le Général de Gaulle m'avait dit un jour : - Vous voulez forcer tous les médecins à rester toute la journée auprès de leurs malades à l'hôpital. Vous n'y parviendrez jamais.
Et après un silence : " - Ils tiennent trop à leur clientèle privée !"
Dans cet ouvrage, on relève en outre plusieurs allusions "à l'opposition vigoureuse notamment des chirurgiens dont la situation était prospère et qui craignaient d'être forcés de modifier leur genre de vie, se traduisaient par de grandes objections de principe soutenues avec violence" (id. p. 355).