Pour effectuer ma quatrième année d'internat, je convoitais le service de chirurgie de Neuilly, devenu l'un des plus attractifs de PARIS par la très forte personnalité du Dr Jean BRAINE, chirurgien des hôpitaux. Il n'était pas professeur de la Faculté de Médecine de Paris, mais il avait la fonction hospitalière la plus éminente de Directeur de l'Amphithéâtre d'anatomie des Hôpitaux de Paris et, à ce titre, pouvait se targuer "d'avoir nommé, après l'adjuvat puis le prosectorat, près de la moitié du corps des chirurgiens des hôpitaux de Paris !". A cette époque, l'anatomie était la discipline, "reine des concours, celle qui nomme!" et le passage par la rue du Fer à Moulin (ou par "CLAMART"[1] comme on disait alors) était incontournable.
Malheureusement pour moi, l'Hôpital communal de Neuilly était, depuis sa construction en 1935, lié par une convention avec l'Assistance publique de Paris selon laquelle tous les chefs de service devaient être issus de son propre Corps Médical .
Or, Monsieur BRAINE qui ne disposait, pour 85 lits actifs de chirurgie répartis sur deux étages que de deux places d'internes, s'était engagé pour plusieurs années à l'avance, selon l'usage, vis-à-vis de deux candidats, Michel LE BOUTEILLER et Jean BEDOUELLE qui avaient retenus ces places. Il n'était donc pas question que le Patron puisse rompre l'engagement moral qu'il avait pris pour trois raisons :
Jamais, il ne manquerait à sa parole. De plus, les plans de carrière des futurs chirurgiens qui "concouraient" risquaient d'être profondément perturbés. Enfin, furieux de ma démarche qu'il considérait comme un affront personnel, le patron refusa catégoriquement de me recevoir malgré l'intervention pressante de son meilleur ami, Gaston METIVET, chez qui j'achevais justement ma 3ème année d'internat.
L'affaire fit grand bruit et remonta toute la filière administrative, juridique et même politique. Elle fut finalement tranchée en ma faveur par Achille PERETTI, le Député-Maire de NEUILLY qui obtint la création d'un troisième poste dont je fus le premier bénéficiaire, ouvrant ainsi la voie à tous mes successeurs !
Je suppose que l'affrontement entre Marcel LEGRAIN, Président parisien du Comité de l'Internat, et Yvon ANDREANI, Président (corse) de l'Internat de la Région de PARIS, fut un des éléments qui a facilité la récupération pour la chirurgie de l'Hôpital de NEUILLY...
Au bout de plusieurs mois, la colère de mon Maître Jean BRAINE s'est progressivement transformée en une sincère sollicitude à mon égard puisqu'il avait cherché à m'offrir un poste auprès d'un de ses anciens élèves, le Dr. Henri LODEON, à… Fort de France.
C'est finalement à partir de ce 3ème poste d'interne en chirurgie de Neuilly obtenu de haute lutte en 1949 que se sont déroulées toute mes activités professionnelles et syndicales ultérieures !
Cet épisode et bien d'autres par la suite contribueront à la fusion définitive des deux internats en un internat unique du CHU. de PARIS consacrée 20 ans plus tard par le décret n° 70-383 du 30 avril 1970 (J.O. du 7 mai 1970) relatif aux anciens internes des Hôpitaux de la Région de Paris nommés avant le 1er mai 1962 et leur conférant les mêmes droits que les anciens internes d'un Centre Hospitalier Régional, siège de Faculté ou Ecole Nationale de Médecine au regard du recrutement des personnels médicaux hospitaliers et des personnels hospitaliers et universitaires des Centres hospitaliers et universitaires et de l'accès aux C.E.S.
En clair ce décret signifie que le titre d'ancien interne des hôpitaux de la Région de Paris donnait droit aussi bien au C x 2 de consultant, à l'accession au clinicat[2], ainsi qu'à la candidature, par la "voie royale", conduisant au titre de Praticien Hospitalier-Professeur des Universités (P.U.-P.H.), néologisme barbare issu des nombreuses réformes qui ont suivi celle de 1960.
1.
Les bâtiments de l'amphithéâtre d'anatomie de l'A.P. de Paris situés au 17 rue du Fer à Moulin, Paris 5ème, ont été construits sur l'ancien cimetière de la commune de CLAMART 
2.
Ayant obtenu pour mes plus jeunes Collègues cette possibilité, je ne l'ai jamais revendiquée pour moi-même pour qu'il ne me soit pas reproché un jour d'avoir tiré un avantage personnel d'une action syndicale collective. L'attitude condescendante de certains m'a parfois rappelé le tort qu'un excès de scrupule m'avait porté...