Du début de mes études de médecine, je ne retiendrai que quelques souvenirs extraits d'événements que mes contemporains ont connus et que les survivants pourront vérifier.
Septembre 1938
Devant les exigences d'Adolf HITLER et de Benito MUSSOLINI, Edouard DALADIER et Neville CHAMBERLAIN ont cherché à éviter la guerre à n'importe quel prix : ils ont signé ce que l'histoire a retenu comme " la honteuse capitulation de MUNICH ".
DUFF-COOPER démissionne avec éclat de son poste de Premier Lord de l'Amirauté et Winston CHURCHILL prononce cette phrase restée fameuse : " Les démocraties avaient à choisir entre le déshonneur et la guerre. Elles ont choisi le déshonneur et elles auront la guerre ! "
Octobre 1938
J'entre au P.C.B. à PARIS, en section A (Faculté des Sciences), antichambre de la Faculté de Médecine. Année féconde d'initiation à la physique, à la chimie organique et à la biologie animale et végétale, c'est à dire à la précision de la pensée, du travail de dissection et même du dessin !
15 mars 1939
Hitler envahit la BOHEME peuplée de SUDETES habilement révoltés contre le pouvoir légal représenté par Thomas MAZARICK et Edouard BENES, respectivement Président de la République tchèque et Président du Conseil. En fait, le démantèlement de la TCHECOSLOVAQUIE conçue en 1919 est amorcé quand la principale défense militaire - " la ligne MAGINOT tchèque " - construite avec l'aide financière de la FRANCE sur le modèle de la nôtre avec le concours des généraux français MITTELHAUSER et FAUCHER est désormais contournée…
J'ai eu le privilège, l'été 1938 précisément, d'en visiter quelques ouvrages fortifiés au cours d'un voyage et j'ai ainsi appris sur place l'importance de cette ligne moderne de défense devenue inutile.
Pendant ce temps, l'opinion publique ne s'inquiétait pas, ne sachant même pas d'ailleurs où se trouvaient PRAGUE, BRNO ou BRATISLAVA...! Melle OSUSKI, fille de l'ambassadeur de Tchécoslovaquie à Paris, devient notre condisciple. Elle est sombre, fume beaucoup et dans son éternelle robe noire, a pris le deuil de sa patrie. Personne ne lui prête attention.
De nos professeurs qui mériteraient tous de figurer dans cette galerie de portraits et qui m'ont laissé le souvenir d'une année préparatoire enrichissante, je ne citerai que le nom de Pierre GRASSE, spécialiste des termites, qui avait déjà acquis une notoriété internationale et devait bientôt entrer à l'Académie des Sciences. Excellent pédagogue, il a su nous communiquer une parcelle de son immense savoir et de son enthousiasme pour la recherche scientifique.
C'est autour des paillasses des travaux pratiques de chimie que je fais la connaissance de Pierre VOYEUX, de Guy VOISIN, de Robert MEARY[1] qui deviendront mes amis. Nous terminons tous les quatre notre année dans un bon rang et nous pourrons entrer à la Faculté de Médecine à l'automne. Toutefois, sans attendre la rentrée officielle, nous obtenons d'entrer dans le laboratoire d'anatomie du Pr. Eugène OLIVIER, moins prestigieux que ceux de ROUVIERE ou d'HOVELACQUE, mais nous obtenons ainsi sur nos futurs concurrents l'avantage de dissections précoces et de leçons particulières dans une discipline-reine qui dominait à l'époque toutes les autres dans les premiers concours. Certains camarades, bien conseillés, obtiennent de commencer aussitôt, dès les mois d'été, leurs stages hospitaliers, pour prendre de l'avance. Nous essaierons au retour des vacances.
2 septembre 1939 : la guerre
Inscrits à l'HOTEL-DIEU, nous assistons au départ de tous les médecins mobilisables. On fait appel alors à des patrons honoraires qui reprennent de l'activité, Bernard CUNEO en chirurgie et Paul CARNOT en médecine, à des étrangers expérimentés comme Alexandre PLACA, chirurgien roumain, ou Edgar LAHAM, futur chirurgien libanais, venus se perfectionner à PARIS, et à des faisant fonctions. Beaucoup d'externes femmes remplissent des fonctions d'interne. Stagiaires de 1ère année, on nous donne rapidement les responsabilités de « faisant fonction » d'externe.
Certains de nos camarades de la classe 39 sont déjà mobilisés. VOISIN, VOYEUX et moi appartenons au 3ème contingent de la classe 40. Nous ne serons appelés par radio que bien plus tard, le 12 Juin 1940, la veille de l'entrée des troupes allemandes dans PARIS, déclarée « ville ouverte » par le général DENTZ, nouveau gouverneur militaire de PARIS !
En attendant, nous mettons les bouchées doubles. Je suis affecté à la Salle Ste MARTHE et André SICARD, alors jeune chef de clinique en instance de départ aux Armées, me montre dès le premier jour mon premier plâtre pour une fracture de jambe sans déplacement. Tout va très vite : quelques jours plus tard, je ponctionne un gigantesque abcès pottique et, par maladresse, je renverse le haricot contenant plus de deux litres d'un pus vert crémeux...! A ma grande surprise, infirmières et filles de salle s'emploient aussitôt à nettoyer le carrelage sans me réprimander ouvertement. La guerre peut-être ? Bientôt, on me confie un "OMBREDANNE" et je donne, titulaire de deux inscriptions seulement[2], ma première anesthésie...! Elle sera suivie de beaucoup d'autres. J'en frémis encore rétrospectivement.
1.
Pierre VOYEUX, ancien externe renoncera à l'internat pour devenir médecin généraliste dans le quartier populaire de Charonne du 11ème arrt de PARIS

Guy VOISIN sera chercheur et ses travaux sur l'immunologie lui vaudront la notoriété internationale d'un Nobélisable

Robert MEARY deviendra le brillant professeur de clinique chirurgicale orthopédique, trop tôt disparu. 
2.
On prenait chaque année 4 inscriptions, les deux premières étant jumelées