L'Ordre garde une mauvaise réputation tant auprès d'une partie du corps médical que dans l'opinion publique. Qu'en est-il au juste ?
Comme je l'ai indiqué précedemment, j'ai occupé pendant 14 ans les fonctions de membre titulaire d'un Conseil départemental, celui des Hauts de Seine constitué en 1968 à l'occasion de la création des 8 nouveaux départements [1]. Je vais donc essayer objectivement d'analyser les critiques qui lui sont adressées et qui, pour une bonne part, tiennent à deux griefs principaux : son origine sous l'Occupation allemande de 1940 et la loi VEIL de 1975.
Pendant toute mon adolescence, j'avais entendu dire par un avocat ami de ma famille que le bâtonnier de l'Ordre des avocats représentait la profession auprès des pouvoirs publics, et qu'il était, par son élection, un arbitre respecté par ses confrères en cas de manquement aux règles déontologiques. Il rappelait qu'un projet déjà ancien prévoyait de créer un Ordre des médecins.
de 1845 à 1939
L'idée d'un Ordre des Médecins remonte en réalité à 1845 [2]. La Chambre des Pairs vote le projet en 1847, mais la Révolution de 1848 le laisse dans l'oubli.
L'idée est reprise en 1884 par la Société des médecins de l'Aube avec le projet du Dr. MONGEOT.
En 1892, M. BUFFET prononce un discours dans le même sens au SENAT. En 1898, M. Louis BARTHOU, ministre de l'Intérieur se montre favorable à la création d'un Ordre des Médecins. En 1900 se tient un Congrès international de médecine professionnelle et de déontologie médicale. En 1923, le Professeur Henri VERGER (de Bordeaux) publie dans le Journal de médecine, une base législative de l'Ordre. La même année, le Professeur BALTHAZARD, Président de la C.S.M.F. fait une communication sur ce sujet à l'Académie de Médecine et un projet de loi est déposé à la Chambre des députés. En 1928, un nouveau projet de loi est déposé à la Chambre. En 1932, la Chambre des députés adopte un projet de loi (socialiste) qui est modifié par le Sénat en 1935.
En 1939, à la veille de la guerre, le texte définitif n'avait toujours pas été voté par la Chambre...
Ainsi, on peut soutenir que l'idée d'un Ordre professionnel des médecins était en gestation depuis près d'un siècle et que le projet, activement soutenu par les parlementaires socialistes, a été retardé par les événements puis précipité par la défaite de 1940.
1940 - 1944 : VICHY
Il n'est pas nécessaire de rappeler l'importance de cette période dramatique et ses innombrables conséquences.
Le principal grief formulé à l'égard de l'Ordre des médecins repose sur la date de sa création le 7 Octobre 1940, moins de 3 mois après l'Armistice, c'est à dire par le Gouvernement de VICHY sous l'occupation allemande et les mesures qu'il a pu prendre dans un tel contexte dans cette sombre période de notre Histoire.
Il est vrai que dans la nuit du 7 Octobre 1940, le Professeur René LERICHE, pour soustraire le corps médical français au contrôle direct de l'occupant, créa de toutes pièces un ordre professionnel dont les membres étaient désignés et non élus.
Cette institution nouvelle s'efforça, dans toute la mesure de ses faibles moyens, d'appliquer au corps médical les lois d'exception édictées par le gouvernement de VICHY.
Il convient aussi de rappeler le télégramme que le Président du Conseil National de l'Ordre, le Professeur Louis PORTES (qui fut mon Président de thèse) adressa le 8 juillet 1944 [3]  à tous les médecins de France lorsque l'occupant imposa aux médecins de dénoncer les blessés des maquis de la Résistance. 
" Le Président du Conseil National de l'Ordre des Médecins se permet personnellement de rappeler à ses confrères qu'appelés auprès de malades ou de blessés, ils n'ont d'autres missions à remplir que de leur donner leurs soins. Le respect du secret professionnel étant la condition nécessaire de la confiance que les malades portent à leur médecin, il n'est aucune considération administrative qui puisse nous en dégager "
De son côté, le Professeur Robert DEBRE, rappelle dans son livre "L'honneur de vivre" (page 229) :
" Le Comité Médical de la Résistance fit un effort pour pénétrer dans les organismes professionnels et y développer la résistance. L'Ordre des Médecins était présidé par le Professeur PORTES. Celui-ci, courageusement, rappelait à chaque médecin son devoir, notamment l'obéissance au secret professionnel que la police allemande nous ordonnait de violer."
Cet Ordre des médecins créé par VICHY fut dissous peu après la Libération de Paris, et recréé un an plus tard, presque à l'identique, par Ordonnance du Gouvernement provisoire du 24 Septembre 1945 (J.O. du 28 Septembre 1945) signée du Général de GAULLE et du Ministre communiste de la Santé, M. François BILLOUX. Le simple énoncé de ces trois noms suffit à écarter pour un temps le principal grief des détracteurs de l'Ordre consistant à lui imputer l'idéologie politique de ses origines contemporaines de l'occupation allemande.
1974 - 1975 : la loi VEIL
Le 2ème grief formulé contre l'Ordre des médecins par une fraction dite "progressiste" du corps médical résulte de sa mise en garde contre le projet de légalisation de l'avortement, à l'initiative du premier gouvernement CHIRAC au début du Septennat de Valéry GISCARD d'ESTAING en 1974 sous l'effet d'un puissant mouvement d'opinion publique. [4]
Présidé à l'époque par le Pr. Jean Louis LORTAT-JACOB, l'Ordre estimait de son devoir de rappeler avec fermeté aux Pouvoirs Publics et au corps médical que le respect de la vie humaine est un principe fondamental. A la veille du débat parlementaire, l'Ordre a diffusé largement la déclaration suivante qu'il est bon de rappeler :
" Le Conseil National de l'Ordre des Médecins et les Présidents et Secrétaires Généraux des Conseils Départementaux réunis en Assemblée Générale le 20 Octobre 1974 rappellent que l'interruption de la grossesse mettant fin délibérément à une vie humaine commencée est en opposition avec l'esprit qui guide la médecine. Un médecin ne peut donc être autorisé à pratiquer un avortement que pour des raisons d'une exceptionnelle gravité. 
Pour l'éthique médicale et pour l'avenir de notre civilisation, il serait lourd de conséquence que les médecins puissent devenir les instruments, à la demande du public, d'actes en contradiction avec le respect de la vie humaine, principe primordial de la pratique médicale.
" Le Conseil National de l'Ordre n'en est pas moins conscient des drames qu'entraînent certaines grossesses non désirées et du fléau que représentent les avortements clandestins. Il souhaite que le législateur apporte par des textes appropriés, une assistance généreuse aux mères et aux familles en difficulté, et prenne les mesures utiles pour faciliter l'accès aux procédés licites de contraception."
On notera la hauteur de vue de ce texte qui dévoile l'hypocrisie du terme "d'interruption" [5], qui dénonce sans la nommer la perspective de l'euthanasie [6]  et qui ébauche quelques solutions susceptibles d'atténuer les conséquences d'une situation dramatique que tout médecin a pu ou pourra rencontrer dans sa vie professionnelle.
Ce texte a provoqué des réactions soigneusement orchestrées par les partisans de la légalisation de l'avortement qui n'ont pas manqué de relier la position de l'Ordre à celle du gouvernement de VICHY dont il était issu et qui n'avait pas hésité à faire condamner à mort en application de la loi de 1920 toujours en vigueur une malheureuse qui s'était rendue coupable de plusieurs avortements. [7]
Les autres griefs
Contrairement à l'Ordre des avocats qui bénéficie de la considération et du respect de l'ensemble de ses affiliés, l'Ordre des médecins subit périodiquement les critiques plus ou moins justifiées d'une partie du corps médical qui a cette particularité d'être disparate. 
On a accusé l'Ordre d'être une "caste de mandarins, décorés et réactionnaires" ou une "assemblée de notables coupée de sa base" ou encore "d'être un corps ultra-conservateur, non démocratique, ne protégeant que la médecine libérale, disposant d'une justice dont les débats se déroulent à huis-clos et les sentences ne sont jamais rendues publiques". Tous ces griefs et notamment le dernier, appartiennent au passé, en grande partie sous l'influence des événements de mai 1968 où le siège de l'Ordre National avait été envahi et occupé quelques heures par une centaine d'excités.
La médecine salariée est désormais représentée dans les Conseils de l'Ordre. Par contre, le milieu hospitalier public n'accorde plus à l'institution ordinale que l'intérêt administratif de l'inscription obligatoire au tableau. Disposant statutairement de leurs propres instances disciplinaires, les hospitaliers publics plein-temps s'éloignent progressivement de l'Ordre et participent de moins en moins à ses travaux. La compétence de l'Ordre, théoriquement universelle, aurait tendance à se réduire progressivement aux diverses formes d'exercice de la médecine dite libérale.
Ainsi, le décret du 12 mai 1960 instituant les premières conventions départementales avec adhésions individuelles entraîna une première division entre les généralistes et les spécialistes effectuant des actes lourds en cliniques déjà conventionnées. A Paris, les grands patrons qui étaient tous à temps-partiel et qui s'étaient déjà élevés contre la Réforme DEBRE matérialisée par le décret N°60-1030 du 24 Septembre 1960, se montrèrent très réservés, voire même hostiles à ces deux Réformes qui inauguraient la nouvelle politique médico-sociale de la Vème République.
Le Président de l'Ordre avait refusé - à titre personnel - d'adhérer individuellement à la Convention type, ce qui était parfaitement son droit. Il n'en fallut pas davantage pour affirmer que l'Ordre en général était opposé au système conventionnel nouvellement institué. Par la suite, périodiquement consulté, pour la forme, par les Pouvoirs publics, l'Ordre se bornait à donner un avis sur un projet de convention issu des négociations entre le corps médical et les caisses, avis que les Pouvoirs Publics ne se sentaient pas obligés de suivre.
Dans le même registre, l'Ordre se serait opposé à toute réforme à caractère social telle que le carnet de santé et de maternité, les sociétés civiles professionnelles, la médecine préventive, la médecine de groupe. En fait ses critiques portaient essentiellement sur la sauvegarde des règles déontologiques, du secret professionnel et de l'indépendance du praticien, notamment en médecine du travail.
Toutes ces critiques avaient déjà été formulées dans le « programme commun » et la suppression de l'Ordre était déjà inscrite parmi les 110 propositions du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 1981. Au terme d'un double septennat, l'Ordre des médecins est toujours demeuré, selon la loi, le gardien du Code de déontologie. D'ailleurs, à quel organisme aurait-on pu confier la lourde tâche administrative de la tenue du tableau au moment où la démographie allait subir une forte expansion, où la réglementation allait entraîner de nombreux bouleversements dans la pratique professionnelle, où de nouvelles commissions de qualification allaient vérifier les compétences des futurs spécialistes, où les juridictions ordinales seraient appelées à se prononcer sur d'innombrables conflits induits par les profondes transformations de l'exercice médical subies pendant toute cette période ?
Il revenait au modeste mais efficace Pr. Raymond VILLEY, succédant au flamboyant Pr. Jean-Louis LORTAT-JACOB à la tête du Conseil National, de subir la vague déferlante des réformes inspirées par une idéologie foisonnante et parfois irréaliste. Avec prudence et diplomatie, il réussit à gagner peu à peu la confiance de ses nouveaux interlocuteurs et rétablir un climat favorable aux discussions et aux compromis.
Louis RENE puis Bernard GLORION poursuivirent son oeuvre en conduisant l'Ordre au milieu des écueils dressés tant par les pouvoirs publics dont les orientations ont suivi les cohabitations fluctuantes que par le corps médical lui-même divisé entre plusieurs syndicats concurrents.
Il ne faut pas oublier que l'ORDRE est constitué de membres élus appartenant à diverses familles syndicales dont les orientations sont loin d'être unanimes, tant s'en faut. Tant que l'ORDRE se limite à son rôle strictement moral de gardien de la déontologie, on ne peut rien lui reprocher. Mais la tentation ou les circonstances le poussent parfois à prendre parti dans les discussions syndicales: il doit se souvenir qu'il n'est pas un syndicat même si autrefois, l'Ordre et le seul syndicat existant alors avaient le même siège et faisaient dans certains départements, un appel commun voire unique de cotisations...!
L'Ordre National a longtemps cohabité avec la CSMF, au 60 Bd de Latour Maubourg, mais chacun à un étage différent. Leur séparation est aujourd'hui complète: l'Ordre et la CSMF ont chacun un siège distinct.
 
Le fonctionnement interne de l'Ordre
Institution professionnelle officielle chargée d'un service public, l'Ordre semble moins familier qu'autrefois aux nouvelles générations de médecins. Il comporte toujours trois échelons qui ont chacun leur spécificité et un mode électif particulier de désignation. Suffrage universel pour les Conseils départementaux, élection par les Conseillers départementaux de leurs représentants aux Conseils Régionaux et enfin, élections au 3ème degré pour les membres du Conseil National qui élit son Président et son Bureau.
N'importe quel médecin peut s'y présenter. Ce sont surtout ses détracteurs qui le jugent sans indulgence... de l'extérieur. Ceux qui en connaissent bien les rouages vus de l'intérieur, sont plus objectifs, même s'ils se sont montrés dans le passé ses adversaires parfois les plus farouches. Ce phénomène s'observe dans tous les milieux... Il faut rappeler que toutes les fonctions sont totalement bénévoles [8]  et que le travail qu'elles impliquent exige beaucoup de temps pris ailleurs et surtout un dévouement à toute épreuve.
La légitimité des conseillers est donc bien électorale au terme d'un scrutin uninominal à un tour. Il existe parfois des listes préétablies entre candidats proposant un programme précis. La participation électorale est en moyenne relativement faible (25 à 30% à Paris) mais elle est à peu près constante dans toutes les élections professionnelles ou politiques dans une même circonscription. Enfin, le renouvellement par tiers des conseillers assure une grande stabilité à l'Institution ordinale
Les Secrétaires généraux
Comme dans toute organisation, le Président exerce une fonction de représentation de l'Institution qu'il personnalise en quelque sorte. Mais le travail de base repose sur les Secrétaires. Je tiens à rendre ici un hommage tout particulier à deux de mes contemporains, les Docteurs Jacques MOULIN et Jean-Marie CLOSIER qui furent, pendant de longues années deux Secrétaires généraux du Conseil National particulièrement méritants.
Nous nous étions connus sous l'uniforme en 1944-1945 et notre amitié s'est fortifiée au fil des années. Jacques MOULIN s'était spécialisé dans les dossiers juridiques et en particuliers dans l'élaboration des contrats. Jean-Marie CLOSIER a excellé dans les relations de l'Ordre avec les différents courants professionnels et avec les pouvoirs publics. C'est lui notamment qui eut le redoutable honneur de défendre le siège de l'Ordre et de protéger les archives face aux contestataires comme il est rappelé ci-dessus, au plus fort des journées insurrectionnelles de mai 1968. Il sut trouver tant auprès des politiques que des média, les formules les mieux adaptées en substituant au concept révolutionnaire à la mode, celui plus pacifique de l'évolution de l'Ordre en harmonie avec la nouvelle société.
Une juridiction d'exception
Une partie des griefs formulés contre l'Ordre résulte de sa situation inconfortable entre une profession viscéralement attachée à son indépendance et placée sous plusieurs tutelles représentées à travers quatre Codes: le Code de Déontologie, le Code de la Santé Publique, le Code du Travail et le Code de la Sécurité Sociale auxquels on peut ajouter le Code civil et le Code Pénal.
Or, une autre juridiction d'exception, celle de la Sécurité Sociale interfère souvent avec celle de l'Ordre notamment en matière de contentieux d'Assurance-maladie avec parfois des sentences contradictoires notamment sur l'interprétation du libellé de certains actes figurant à la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP), document dont la dernière refonte datait de 1972. Or le Code de la Sécurité Sociale qualifie toujours "de faute, fraude ou abus" tout acte dont la cotation est contestée par le contrôle médical des caisses, termes qui ont une connotation anti-déontologique tombant sous le coup de sanctions ordinales s'ils sont reconnus comme tels par les Conseils Régionaux de l'Ordre, juridictions de première instance.
Or, nous avons toujours soutenu qu'un différent d'ordre technique - en l'occurence, l'évaluation d'une cotation au travers d'une description technique d'un acte extraite d'un document rarement actualisé - ne relevait pas de la compétence d'une juridiction ordinale, mais au contraire de la juridiction technique du Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale prévue par le Code de la Sécurité Sociale.
Pendant plus de 10 ans, nous avons été, en tant que Syndicat professionnel, confronté à ce partage de compétence entre les deux juridictions. Nous avons fini par obtenir gain de cause en poussant certains dossiers en Appel et jusqu'en Cassation, comme par exemple pour la coelio-chirurgie, technique nouvelle qui a fini par être reconnue par l'Assurance-maladie après plusieurs arrêts de la Cour de Cassation.
Nous avions dénoncé sans succès tant auprès de l'Ordre qu'auprès de la tutelle ministérielle l'anomalie flagrante qui permettait et permet toujours, à l'Assurance-maladie d'être à la fois juge et partie dans ce type de contentieux puisque, le contrôle médical des Caisses saisissait l'Ordre aux fins d'instruire un dossier pour une cotation jugée abusive et de sanctionner son auteur tout en siégeant dans la Commission ordinale dite des Assurances Sociales à parité avec le corps médical...!
Dans cette configuration juridique, le justiciable était très souvent condamné alors qu'il pouvait simultanément et pour la même cotation, avoir gain de cause devant le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (TASS).
Cette anomalie que l'Ordre, malgré nos sollicitations, n'a pas vraiment cherché à supprimer est une des raisons du désaveu partiel de la profession à son égard. Sans rien changer aux textes en vigueur, il lui était facile, comme il en avait la possibilité, de désigner un expert pour juger de la validité d'une cotation au risque de mettre un médecin-conseil en difficulté... ou, à tout le moins d'attendre le jugement du TASS avant de se prononcer lui-même sur une affaire le plus souvent technique et non pas d'ordre éthique.
Il est probable qu'à l'avenir un nouveau mode de tarification par pathologie mettra fin à ces luttes mesquines de compétences dont les spécialistes exerçant en équipe autour d'un plateau technique ont été si longtemps les victimes.
 
A l'étranger
Nos contacts européens (Comité Permanent, Marburger Bund, ANNAO, ANPO, etc) nous ont montré une plus grande cohésion entre les professionnels et leur Ordre qu'en FRANCE
Nous avons gardé le souvenir des prises de position de l'Ordre des médecins autrichiens solidaires de leurs syndicats médicaux allant jusqu'à défiler en tête de leurs cortèges.
Nous avons aussi approché à plusieurs reprises le Dr. Karsten VILMAR, Président de l'Ordre des Médecins allemands qui a toujours veillé à l'unité du corps médical allemand tant libéral qu'hospitalier, n'hésitant pas à payer de sa personne toutes les fois que leurs syndicats faisaient appel à son soutien.
Il est vrai que les psychologies de nos voisins sont assez différentes des nôtres : ils n'ont pas connu de mai 1968 et leurs lointaines retombées !
 

Ordre et Syndicats : compétences respectives

Les compétences respectives de l'Ordre et des syndicats médicaux sont en principe bien distinctes.

A l'Ordre, revient le respect du Code de déontologie et des principes moraux du serment d'Hippocrate qui ont traversé les siècles. Les syndicats défendent les intérêts matériels mais aussi moraux de leurs adhérents.

On peut donc soutenir que l'Ordre défend essentiellement le patient et accessoirement veille à l'harmonie entre les professionnels de santé. Les syndicats sont avant tout au service de ces mêmes professionnels dont les intérêts sont parfois divergents ou même opposés.

Autrement dit, certains sujets relèvent exclusivement de l'Ordre comme par exemple, la réponse aux urgences et la continuité des soins (art. 47 et 77 du Code de déontologie), le malade devant en toutes circonstances recevoir les soins qu'exige son état.

D'autres sujets sont du ressort exclusif des syndicats: pour reprendre l'exemple précédent, la rémunération de l'astreinte et de la garde est du ressort des négociations des syndicats avec les tutelles ou les Caisses.

 

Une conséquence indirecte de la Réforme DEBRE

La généralisation du plein-temps hospitalier a progressivement réduit le rôle de l'Ordre des médecins et son autorité morale sur un corps de médecins salariés relevant d'un statut d'agent d'un service public.

Les premières contestations de la légitimité de l'Ordre sont apparues en Mai 1968. Elles avaient pour origine un syndicat de médecins hospitalo-universitaires implanté dans la Région lyonnaise qui avait lancé un mot d'ordre de grève des cotisations (obligatoires) à l'Ordre des Médecins.

Ce mouvement avait pris une certaine ampleur puis s'est éteint à la veille des vacances en créant une longue période de contentieux individuels.

Or les idées de Mai 1968 ont, après une période d'accalmie, retrouvé semble-t-il un second souffle.

Selon ses adversaires, l'Ordre apparaît toujours comme le représentant d'un certain conservatisme en dépit des efforts d'adaptation qu'il a été amené à effectuer face à des réformes visant surtout à freiner les dépenses de santé, par exemple en assouplissant ses positions sur l'assistanat médical ou la séparation des conventions.

Pris dans la tourmente économique, les syndicats médicaux ont progressivement adopté les méthodes des syndicats de salariés en procédant à des mouvements de protestation pouvant aller jusqu'aux grèves.

Certains estiment que le moyen le plus efficace pour faire aboutir leurs revendications consiste à multiplier les actions visant la population elle-même en demandant la suppression de l'art 77 du Code déontologie faisant obligation à tout médecin de participer au service de garde.

Pour éviter toute ambiguïté entre la fonction ordinale et une activité syndicale, certains ont proposé de déclarer ces deux activités incompatibles et de déclarer inéligible un candidat ayant une double appartenance. Il est à craindre qu'on ne trouve jamais un nombre suffisant de candidats pour assumer simultanément toutes ces tâches, tant elles sont absorbantes et souvent difficilement conciliables avec un exercice professionnel, sans parler de la vie de famille pratiquement inexistante.

Par contre, les retraités de plus en plus nombreux pourraient combler les vides. Ils auraient l'avantage d'avoir l'expérience et le recul nécessaire, mais les générations en activité sont en général hostiles à cette proposition...

 

Conclusion

Ayant été élu sur une liste départementale présentée par un syndicat national, je me suis toujours efforcé, comme tous mes collègues, de séparer dans toute la mesure du possible, les deux aspects de mes mandats, tout en reconnaissant les apports respectifs des deux institutions dans l'exercice de mes fonctions après plusieurs mandats durant 14 ans. [9] 

Notre société a beaucoup évolué pendant ces trente dernières années et il n'est pas impossible que l'organisation et la représentation du corps médical soit assurée dans un avenir relativement proche par une seule institution.

 

1.
Je n'avais jamais envisagé l'idée d'être candidat. J'admirais alors Maurice LARGET qui était, en qualité de Vice-Président de l'Ordre National, l'apôtre de la retraite du médecin qu'il a réussi à imposer malgré une opposition vigoureuse et tenace. Lorsque la "couronne des départements de l'Ile de France" fut réalisée et le département des Hauts de Seine, constitué, mes amis Jean CLOSIER, Jacques MOULIN et Marc Henry BINOCHE m'invitèrent à figurer sur la liste présentée par la Chambre Syndicale des Hauts de Seine affiliée par la suite à la F.M.F. 
2.
Les précisions qui suivent sont tirées du supplément au Bulletin de l'Ordre des Médecins n° 1, mars 1975 intitulé "l'Ordre répond à ses accusateurs" 
3.
Un mois après le débarquement allié du 6 juin 1944 sur les plages normandes et 7 semaines avant la libération de Paris du 24 août 1944 
4.
Le procès de Bobigny eut un grand retentissement 
5.
Le terme d'IVG est bien une sorte d'euphémisme destiné à masquer le caractère définitif et irréversible : on peut interrompre en effet un exposé, un voyage, ou une lecture et les reprendre plus tard. Le terme d'interruption définitive, c'est à dire d'avortement, aurait été le terme exact incluant la notion d'acte volontaire (par opposition à l'avortement accidentel ou spontané) 
6.
Sous couvert d'intentions humanitaires ou de compassion, l'euthanasie quelle que soit la circonlocution qui la désigne, est devenue une préoccupation d'une société de plus en plus hédoniste. 
7.
Mère de deux enfants, la grâce de Marie Louise GIRAUD fut refusée et elle fut guillotinée le 30 juillet 1943. 
8.
Sauf celles de Président et de Secrétaire général qui sont seulement indemnisés de leurs frais 
9.
Devenu Vice Président de l'Ordre départemental des Hauts de Seine, j'ai été sollicité pour succéder au Président Marc Henry BINOCHE, décédé soudainement en 1982. J'ai préféré renoncer à cette marque de confiance après avoir beaucoup appris et pouvoir justifier librement mon attachement à l'Ordre et aux principes qu'il s'est toujours efforcé de défendre.