Les chiffres rassemblés dans une statistique sont largement utilisés comme arguments ou comme preuves à l'appui d'un raisonnement ou d'une démonstration. Leur caractère neutre, sérieux et apparemment rigoureux donne un certain crédit quasi scientifique au soutien de la thèse que la statistique est censée soutenir ou conforter indirectement.
L'effet est assuré lorsque, grâce aux diverses présentations offertes par les ordinateurs et les imprimantes couleur, on obtient non plus des colonnes de chiffres fastidieuses, mais des graphiques, des tableaux, des courbes, des diagrammes, des "camemberts" colorés du plus bel effet pédagogique. D'un seul coup d'oeil, on apprécie une évolution quelconque, stabilité, immobilisme, échec, déclin, effondrement ou au contraire progrès, conquêtes, envolée vers le succès d'une politique démographique, des prix, des investissements, des gains de productivité, etc... tant les sujets passés au crible des statistiques sont innombrables.
Malheureusement, en manipulant les chiffres, on peut faire dire à une statistique ce qu'on souhaite qu'elle apporte et confirme surtout lorsqu'un élément comparatif distinctif a été recueilli... avec une méthodologie à géométrie souvent variable. On sait que lorsqu'un résultat déplait, il suffit de changer la typologie d'un groupe comparatif ou le mode de calcul utilisé jusque là : ainsi les courbes du chômage ou de la délinquance s'en trouvent améliorées... C'est ainsi que la très sérieuse Cour des Comptes, s'appuyant sur les chiffres recueillis par la CNAM, peut être abusée par des statistiques reposant sur des techniques elles-mêmes évolutives...
On pousse parfois l'audace jusqu'à changer les procédures dans le but de masquer opportunément de mauvais résultats statistiques. Tous les spécialistes de la comptabilité, qu'elle soit publique ou privée, savent comment on peut "améliorer" un bilan.
Les chiffres produits par la Sécurité Sociale ont soulevé tant de doutes et même de critiques que le gouvernement a été jusqu'à créer une commission officielle chargée de garantir la fiabilité, la transparence et la cohérence des chiffres retenus pour l'élaboration de ses statistiques. Ses travaux sont restés jusqu'ici très confidentiels...
Même dans certains travaux scientifiques de qualité, comme par exemple dans le Livre Blanc de la Chirurgie Cancérologique, on totalise les cas traités dans les centres publics ou para - publics P.S.P.H.) à l'exception de ceux traités dans le secteur hospitalier privé.
Selon nous, il conviendrait d'une part d'établir en priorité une méthodologie constante pour chaque type d'étude et d'autre part d'obtenir des chiffres vérifiables par des experts indépendants choisis en dehors du secteur médico-social.
Un des slogans du COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS FRANCAIS fut d'obtenir, dès sa création en 1970, "la vérité par les chiffres". Il s'agissait alors d'établir des comparaisons objectives entre les coûts des actes effectués en hospitalisation privée et publique, et de connaître les revenus réellement disponibles des chirurgiens libéraux. C'est à la suite de cette demande insistante que la Commission présidée par Gilbert DEVAUX, ancien Directeur du Budget proposa au gouvernement d'abord la Commission des Comptes de la Santé, puis celle des Comptes de la Sécurité Sociale, simple chapitre de la précédente, sans oublier les travaux du CERC [1]. On sait ce qu'il en est advenu sous plusieurs gouvernements et ministres successifs, sous plusieurs Présidents et rapporteurs successifs, tous hautement compétents et sincèrement désireux d'apporter un éclairage irréprochable au problème posé.
La complexité du sujet est telle que 30 ans plus tard, la question simple du Collège est toujours sans réponse....
L'exemple récent de la tarification par pathologie (missions Rémy DHUICQUE et plus tard Bernard MARROT) transformée par un nouveau ministre en tarification à l'activité pilotée par Mme Martine AOUSTIN démontre la façon quasi-officielle d'enterrer, sous des prétextes divers, une comparaison gênante pour la puissance publique qui après trois ans de travaux, n'a toujours pas produit le moindre résultat ….
On connaît l'aphorisme célèbre attribué au comte de Beaconsfield, plus connu sous le nom de Benjamin DISRAELI (1804-1881) : « Il y a le Mensonge, le sale Mensonge et... la Statistique ! »
 
1.
Centre d'Etude et de Recherche des Coûts, dont il convient au passage de rappeler l'indépendance.