Il est habituel de "classer" tout individu dans telle ou telle catégorie politique. Je n'ai naturellement pas échappé à cet exercice au point de me demander à quel clan iraient mes sympathies.
On m'a considéré comme socialiste en raison de mon amitié très ancienne avec Jean TERQUEM, chirurgien devenu Conseiller d'Etat en raison de son engagement auprès de François MITTERRAND, alors premier Secrétaire du P.S.
On m'a longtemps collé l'étiquette gaulliste à partir du moment où mon vieil ami Jacques SOURDILLE,  résistant survivant du camp de Neuengamme, devint successivement député, Secrétaire d'Etat à la Recherche dans le 3ème gouvernement BARRE, puis sénateur R.P.R. des Ardennes.
Mes relations amicales et celles de ma chère Marie-Claude avec Jacques BARROT, retrouvé aux affaires à 15 ans d'intervalle, à qui je devais la première représentativité de l'UCCSF, ont fait dire à certains que j'étais sûrement un "crypto - centriste", sentiment renforcé par des liens très anciens avec M. et Mme Raymond BARRE, mes voisins de NEUILLY et mes patients lorsque j'exerçais dans les cliniques Sainte Odile, Jacques Dulud, ou à l'Hôpital.
J'ai été considéré comme un militant de droite en raison de mes relations professionnelles avec François BACHELOT, excellent radiothérapeute et député du Front National (1987-1988) ou encore de ma fidélité aux Congrès de l'UNAM animée avec tant de brio par le regretté Bernard Claude SAVY, qui fut de surcroît député de la Nièvre apparenté RPR lorsque M. de CHARETTE devint ministre.
J'ai été plusieurs fois sollicité par des confrères francs-maçons de suivre leur exemple et devenir un des leurs dans telle ou telle loge en m'expliquant les différentes obédiences. Ils m'ont montré l'enrichissement intellectuel qu'ils en avaient eux mêmes tiré sans parler... des perspectives professionnelles qu'un responsable syndical peut espérer dans son secteur d'activité...! J'ai toujours décliné ces invitations au motif qu'en tant que représentant élu d'une organisation professionnelle, je m'interdisais toute affiliation politique, religieuse ou philosophique conformément d'ailleurs aux statuts de cette organisation.
Accessoirement, si je ne fus jamais catalogué comme franc-maçon tout en fréquentant certains d'entre eux, mon amitié avec Jean CLOSIER formé chez les "bons pères " avant de devenir Secrétaire Général de l'Ordre National des Médecins, me valut, depuis l'internat, une réputation proche de certains de courants de pensée traditionalistes contre l'avortement.
En réalité, malgré les sollicitations dont j'ai été souvent l'objet pendant ma vie professionnelle et syndicale, je n'ai jamais adhéré à un quelconque parti politique ni à aucun mouvement comparable ni à aucune secte.
Suivant l'exemple d'un de mes beaux-frères, André CHAPGIER, ingénieur du pétrole, je me suis inscrit très tôt, une fois pour toutes, à la C.G.C, syndicat apolitique de cadres alors à son apogée, au temps d'André MALTERRE, avant de militer à mon tour dans le syndicalisme médical proprement dit en contribuant à développer sa branche hospitalière.
Disposant en conséquence d'une liberté intellectuelle totale, j'ai pu approuver ou critiquer, sans idée préconçue, sans parti pris, certaines orientations d'où qu'elles viennent, ce qui a pu accréditer certains liens organiques purement fictifs auprès de ceux qui cherchaient à me compter parmi les leurs : j'ai toujours estimé que le mélange des genres était néfaste et qu'il fallait choisir entre la politique et le syndicalisme. J'ai choisi définitivement le syndicalisme professionnel indépendant, parce qu'il préserve la liberté intellectuelle et permet d'échapper au sectarisme inhérent à la plupart des chapelles, notamment depuis l'évolution vers la bi-polarisation politique.
C'est ainsi que j'ai approuvé et soutenu la fameuse départementalisation hospitalière évoquée depuis 1967, étudiée sous 3 septennats successifs, prescrite par la loi du 3 janvier 1984, conçue par P. BEREGOVOY puis modifiée par Georgina DUFOIX, combattue par une majorité médicale conservatrice, et bientôt enterrée.
De la même façon, j'ai approuvé et soutenu le plan JUPPE élaboré par un Premier ministre RPR, combattu par la même majorité médicale conservatrice et paradoxalement par Martine AUBRY elle-même, qui avait cru pouvoir en effacer jusqu'au souvenir. Elle a bien été obligée d'en garder les grandes lignes au point que la presse a baptisé irrévérencieusement sa nouvelle réforme le "plan JUBRY" ! [1]
Pourquoi refuser systématiquement par pur réflexe idéologique ou simplement par esprit partisan, une réforme qui s'impose à un moment donné quelle que soit la couleur politique du clan dominant qui l'a proposée ?
Tout n'est pas systématiquement bon chez les uns et mauvais chez les autres et réciproquement selon les alternances politiques.
 
1.
Quotidien du Médecin n°634-3 24 sept 1998