Tout le monde parle du pouvoir d'achat sans bien savoir ce que représentent exactement ces deux mots, simples en apparence. Les définitions varient selon les sources.
Nous ne retiendrons que celle du Ministère de l'Economie, des Finances et du Budget qui semble le mieux placé pour en parler :
Le pouvoir d'achat est représenté par le revenu disponible des ménages. Il est constitué par la somme des revenus salariaux et des prestations sociales, déduction faite des impôts directs et des cotisations sociales et déflaté de l'indice des prix. [1]
On remarque tout de suite qu'il s'agit des revenus salariaux, les seuls qui font l'objet d'études statistiques d'institutions publiques (INSEE ou CERC) ou privées (Institut ADIE)
Dans le cas des professions libérales qui font exceptionnellement l'objet de vagues études statistiques, leur pouvoir d'achat comporte souvent un volet social supplémentaire qui est financé par l'intéressé lui-même : retraites complémentaires, couverture maladie – invalidité, parmi lesquelles l'assurance des mains du chirurgien par exemple, toutes charges non obligatoires et par conséquent fiscalement non déductibles. Elles grèvent cependant très souvent le pouvoir d'achat de cette catégorie.
Aussi, au revenu disponible des ménages défini plus haut, il faudrait ajouter le revenu réellement disponible.
Il est donc absurde de parler du "du pouvoir d'achat des honoraires du chirurgien" comme n'hésite pas à le faire la CNAMTS [2]  ou "du pouvoir d'achat du chiffre d'affaires[3], à partir de leurs recettes brutes.
Si le montant des recettes brutes est en effet parfaitement connu ou reconstitué et déclaré par un tiers, si le montant du revenu imposable est exactement évalué par la D.G.I., le montant du revenu disponible, après impôt est variable en fonction de la situation de famille. A plus forte raison celui du revenu réellement disponible qui ne peut être calculé qu'individuellement : c'est en fait le pouvoir d'achat de l'entreprise individuelle.
Cette notion nouvelle est apparue d'abord dans l'aéronautique (avions DASSAULT) puis dans la métallurgie (Régie RENAULT) et plus récemment, d'après Gestion Sociale [4], dans la banque.
Jusqu'ici, on se contentait d'ajuster le pouvoir d'achat des salaires sur le coût de la vie, d'où la spirale inflationniste trop bien connue.
On s'avise désormais qu'il est plus rationnel de "lier le pouvoir d'achat des salaires au pouvoir d'achat de l'entreprise" …" apprécié sur l'évolution de ses fonds propres" (résultats annuels permettant la rémunération des fonds propres au taux moyen du marché monétaire).
Ce système de régulation des augmentations de salaires, à partir du maintien du pouvoir d'achat de l'entreprise et de l'intéressement des équipes à l'accroissement de la productivité, semble économiquement rationnel et socialement compatible avec un développement harmonieux de l'entreprise.
Voilà une idée à creuser par les chirurgiens libéraux qui sont encore chefs de leur petite entreprise familiale…
 
1.
Note sur l'Economie française, situation et perspectives, printemps 1989 
2.
Carnets statistiques n° 35, p. 68 
3.
La médecine libérale en France. CREDES, 1988/2, p.18 
4.
5 mai 1989, n°228/630