Chirurgie : un Ministre découvre le désastre
Devant la désaffection générale du choix des carrières chirurgicales colportée par le bouche à oreille plus sûrement que par les rapports officiels toujours tardifs, M. Bernard KOUCHNER s'est enfin avisé du désastre qui frappe cette spécialité qui exige tant et qui a reçu si peu. Il a convoqué en urgence le 18 mars 2002 un colloque sur le sort de la chirurgie, notamment en chirurgie générale et digestive, spécialité prestigieuse restée le parent pauvre en raison d'une réputation solidement ancrée dans toutes les strates de l'opinion, d'opulence et de facilité...
Or depuis sa création en 1970 le COLLEGE NATIONAL des CHIRURGIENS FRANCAIS [1]  a pendant 32 ans essayé d'alerter les pouvoirs publics sur la crise qui menaçait et qui frappe aujourd'hui la chirurgie française. Numéro après numéro, les Cahiers de Chirurgie ont inlassablement apporté tous les éléments statistiques, tous les arguments, toutes les preuves du drame silencieux qui se déroulait dans l'indifférence générale. [2]
Tous les chirurgiens se félicitent que ce dossier soit enfin officiellement ouvert, tout en souhaitant qu'il ne puisse pas s'agir seulement d'un effet d'annonce en pleine période électorale.. Faudra-t-il expliquer que des solutions avaient été esquissées dans le passé par l'UCCSF lors de la Convention de Spécialistes de Mars 1997 et que la lettre KCC obtenue de haute lutte est restée une coquille désespérément vide ?
L'Etat et les Caisses d'Assurances ne devront plus s'étonner de cette découverte qui frappe indifféremment les deux secteurs public et privé d'hospitalisation.
Les décideurs peuvent dès maintenant se poser la seule et vraie question :
« Qui nous opérera demain, un professionnel ou un amateur ? » 

Depeche MidiTel fut le titre du communiqué du Collège National des Chirurgiens Français daté du 6 mai 1993 cherchant à alerter l'opinion publique en ces termes : "Du 15 novembre 1992 au 30 mars 1993, le Collège National des Chirurgiens Français a procédé à une enquête pour évaluer le pourcentage des chirurgiens hospitaliers publics en activité mais non qualifiés par l'Ordre National des Médecins."

" Sur 80 hôpitaux publics au service d'environ 5 millions d'habitants et concernant 406 postes pourvus, 101 praticiens, soit 25%, exercent la chirurgie sans cette qualification ordinale… 47% de ces 80 emploient des chirurgiens non qualifiés dans une proportion qui s'échelonne entre 14 et 100% des hôpitaux…. Les "décideurs" ont-ils mesuré les conséquences du déficit progressif en chirurgiens hospitaliers qualifiés ?"

L'affichette de la Dépêche du midi : 4 ans avant le communiqué du Collège, la Dépêche du MIDI avait placardé le 5 avril 1990, sur tous ses points de vente l'affichette reproduite ici à la suite d'une conférence de presse organisée à Toulouse quelques jours plus tôt.

1.
Le Collège est devenu en 1992, par réunion avec la Fédération Nationale des Praticiens des Etablissements privés (FNEP), l'Union Collégiale des Chirurgiens et Spécialistes Français (UCCSF). Reconnue enfin représentative en 1997 et en 1998, cette formation a pu accéder à toutes les instances où le sort de la chirurgie était jusqu'alors discuté et réglé en dehors de sa présence ès qualité.... 
2.
Le Monde 20 mars 2002