Dans la foulée d’un néo-libéralisme économique apparu vers 1983-1984, des analystes financiers ont considéré que le secteur libéral d’hospitalisation pouvait devenir un "créneau porteur" sous l’effet
  • de la demande croissante de soins de santé de qualité

  • de l’évolution rapide des techniques de plus en plus coûteuses nécessitant des moyens financiers hors de proportion avec les possibilités de fonds propres des cliniques et encore moins de leurs médecins

  • de la transmission patrimoniale d’un tiers des établissements du fait de la démographie des fondateurs-responsables détenteurs d’une part du capital social, parvenus à l’âge de la retraite

  • du retrait lent mais progressif de l’assurance-maladie dans la couverture sociale au profit des assurances privées ou des mutuelles (institution du secteur 2 en 1980, augmentation régulière du forfait hospitalier)

  • de la rentabilité escomptée d’un établissement géré par des professionnels sachant effectuer des investissements productifs.

Ainsi, se sont constituées des "chaînes de cliniques", par analogie sémantique avec les chaînes hôtelières, phénomène encore marginal apparu entre 1980 et 1990 qui tend à substituer au pouvoir médical traditionnel d’un ou plusieurs médecins, un pouvoir non médical de gestionnaires et de financiers essentiellement préoccupés de rentabiliser les capitaux investis. [1]
Derrière ces groupes, semblent se profiler les assurances privées susceptibles de prendre en main tout ou partie du système de distribution de soins au bénéfice de leur clientèle, avec ou sans sélection du risque.
Attractive pour de jeunes spécialistes en voie d’installation, redoutée par les tenants d’un libéralisme médical menacé dans son indépendance, cette formule a incité certains spécialistes exerçant en clinique à se regrouper, à se former aux techniques modernes de gestion, à investir à leur tour par l’emprunt dans l’outil de travail pour en conserver la maîtrise.
L’avenir dira qui sortira vainqueur de cette concurrence, entre libéraux cette fois.
Dernière nouvelle
Au moment du bon à tirer du présent ouvrage, Monsieur Daniel BOUR, P.D.G. de la Générale de Santé, vient de lancer un appel urgent en direction des praticiens utilisateurs de plateaux techniques pour s'associer à la défense de l'instrument de travail commun menacé de toutes parts. Cet appel si longtemps espéré vient bien tard... mais il a le mérite d'avoir enfin rompu l'isolement volontaire du secteur d'hospitalisation prive. Affaire à suivre de près.
 
1.
Une tentative de recensement des 64 premiers établissements MCO regroupés en chaînes est tirée du rapport PEIGNE (Notre système hospitalier et son avenir, ENSP éd. 1991) qui dresse la liste d'investisseurs suivante : la SODEXHO, la Cie Générale des Eaux et SUEZ, groupes PARACELSIUS, MEDIFUTUR (financée par la C.G.E, la Société Générale, et Citicorp), ALPHAMED, Cliniques de France, CLININVEST (Suez). Cette liste n'est pas exhaustive et déjà ancienne. De plus certains changements sont intervenus dans la composition du capital de certains groupes financiers. La plus importante chaîne actuelle reste la Générale de Santé (ex Générale des Eaux, devenue VIVENDI), cotée en Bourse. Certains groupes sont spécialisés dans l'accueil des personnes âgées comme la Lyonnaise de Santé (Indo-Suez) ou ACCOR (Résidences Hotelia).

En 2006, la Générale de Santé totaliserait rien qu'en France 172 cliniques avec 14.400 lits ou places et 15.400 salariés. Elle poursuit sa progression avec l'acquisition récente de l'Hôpital de la Croix-Rouge des Peupliers dans le 13ème arrondissement de Paris.