Ce titre quelque peu trivial recouvre la grande interrogation concernant l'avenir d'une protection sociale "à la française"dont le déficit devenu "abyssal" inquiète sérieusement tous les décideurs, suscite des polémiques de plus en plus vives dans toutes les catégories sociales et tourne à l'affrontement politique.
Né en 1945 par la volonté du Général de GAULLE, le système conçu et mis en place par Pierre LAROQUE était issu de la notion généreuse d'entraide et de la notion mutualiste dans l'esprit corporatiste de la seconde moitié du XIXème siècle. Il s'est étendu progressivement à toute la population salariée, a diversifié la couverture des risques en devenant une immense organisation qui a du s'adapter aux progrès de la médecine et à la longévité. Il est devenu l'objet d'un culte quasi religieux coïncidant historiquement avec le développement politique d'une idéologie collectiviste. Son échec économique a entraîné, de proche en proche, une remise en question de toutes ses constructions et en particulier de la Sécurité Sociale, fierté de ses promoteurs mais dont les successeurs se sont révélés incapables de maîtriser les défaillances ou les excès.
Mais, longtemps masqué par la prospérité des 30 glorieuses, son budget a atteint et même dépassé le budget de l'Etat induisant une crise économique et sociale inextricable.
Un certain nombre d'avertissements avaient pourtant été formulés par quelques auteurs lucides. Ils n'ont pas été entendus, non par ce qu'ils annonçaient les dangers d'un système qui deviendrait incontrôlable mais parce qu'ils allaient au devant d'une opinion publique préférant profiter de la générosité démagogique et des largesses de l'institution.
Il fallait un certain courage pour aller à contre courant des idées reçues et exprimer tout haut ce que murmuraient en confidence un nombre croissant de responsables qui redoutaient les effets d'un "certain terrorisme intellectuel" dénoncé par Claude REICHMAN qui estimait, dès 1992, que la Sécurité Sociale était "devenue une calamité nationale !"[1]
Certes, cinq siècles ont passé depuis TORQUEMADA qui faisait expier, sur les bûchers de l'Inquisition, toute ardeur réformatrice. Mais celui qui porte atteinte au dogme en vigueur soulève encore la passion fanatique d'un SAVONAROLE ou d'intégristes contemporains.
Claude REICHMAN, comme avant lui Bernard Claude SAVY, risquait, pour le même sacrilège, un opprobre général visant à excommunier l'hérétique. Même s'il s'est exposé aux sarcasmes des gardiens du temple, Claude REICHMAN a eu le mérite de forcer la réflexion sur ce sujet, toujours considéré comme un tabou religieux.
Le débat ainsi ouvert aurait du demeurer sur le plan strictement technique pour éviter tout débordement passionnel comme on l'a vu lors des Etats généraux sur la Sécurité Sociale en 1987 et en 1999, où chaque groupe socio-professionnel rivé à son credo, a donné le spectacle le plus affligeant du plus rétrograde des corporatismes de la part de ceux qui se flattent précisément de les combattre !
Le Collège national des chirurgiens français et la Fédération Nationale des Praticiens des Ets privés ont à plusieurs reprises[2], signalé et encouragé toute réflexion susceptible, sans bouleverser l'ensemble du système de protection sociale, de résoudre le principal problème de notre société contemporaine. Les détracteurs de Claude REICHMAN auraient été plus convaincants avec des arguments chiffrés recueillis et analysés objectivement qu'avec des insinuations ou des imprécations[3]. Mais, jusqu'à présent, sauf erreur, aucun n'a produit un argument établissant que la thèse soutenue par le M.L.P.S.[4] est erronée ou utopique.
En attendant cette démonstration, on peut admettre en effet que "mise en concurrence, la Sécurité Sociale sera alors contrainte de se réformer ou de disparaître" même en sachant que cette proposition sera farouchement combattue pour hérésie.
Epilogue
12 ans plus tard, au seuil du XXIème siècle, "cette mise en concurrence" commence à être découverte et même proposée par de nombreuses voix autorisées qui estiment qu'il n'est plus possible de maintenir un monopole de protection sociale sur une clientèle captive.
Après avoir à plusieurs reprises repoussé la date de la Réforme de la Sécurité Sociale, le gouvernement RAFFARIN s'est décidé à l'entreprendre au premier semestre 2004 alors que le déficit prévu est déjà évalué à 10,9 milliards d'euros, soit en cumulé de 2001 à fin 2004, à environ 30 milliards d'euros. D'après certaines sources, il manquerait en 2010 entre 27 et 39 milliards d'euros constants par an selon que les dépenses augmentent chaque année de un à deux points de plus que le PIB "comme c'est le cas depuis 40 ans !" Sans réforme, les déficits cumulés devraient atteindre 260 milliards d'Euros en 2013 et le double en 2020 ![5]
La période des rustines et des expédients est donc bien révolue. Il faudra se résoudre à employer les "grands moyens" mais les décideurs en auront-ils à la fois, le temps et le courage ?
 
1.
Le Figaro, 29 mai 1992 
2.
Cahiers de chirurgie n° 80 (4/1991, p. 167 ) et n° 81 (1-1992,p.158/159) 
3.
Voir Article de Gérard Desportes in Libération du vendredi 5 Juin 1992 
4.
M.L.P.S. Mouvement pour la Liberté de la Protection Sociale 165, rue de Rennes, 75006 PARIS 
5.
Analyse de Béatrice TAUPIN ( Le Figaro - 5 janvier 2004)